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Le regard des autres
Phénomène d'époque
Publié dans Le Temps le 31 - 12 - 2006

Fait-on un travail pour soi ou pour les autres ? S'habille-t-on pour se faire plaisir ou pour plaire aux autres ? Choisit-on ses amis pour ce que l'on partage avec eux ou pour leur rang social ?
Bref, plusieurs traits de notre vie sont conditionnés par le regard des autres.
Il est vrai qu'on s'habille selon ses goût, mais c'est souvent suivant les conventions sociales en vigueur, selon une mode ou selon l'image de soi qu'on voudrait projeter.
Le langage utilisé est parfois conditionné, les expressions, les thèmes qu'on choisit, traduisent ce que l'on veut que les autres pensent de nous, le regard que nous voudrions qu'ils portent sur nous.
Il est tout à fait normal, étant donné qu'on vit en société, que notre manière d'être soit un mélange entre ce qu'on est réellement et ce que la société exige de nous d'être.
Le degré d'adaptation varie d'une personne à une autre. Certaines personnes ne suivent que le strict minimum, question de s'assurer la paix avec les autres et de ne pas se faire des problèmes inutilement. D'autres étouffent beaucoup de leurs penchants, de leur comportement, voire de leur spontaniété, rien que pour pouvoir fondre dans la foule ou refléter une certaine image de soi. Il y a aussi des personnes qui arrivent à trouver certains équilibres.
Il existe aussi des personnes plus ou moins marginalisées.
Néanmoins, la nuance entre les règles sociales à suivre et " la frime " s'accentue de plus en plus. Plusieurs personnes, choisissent leurs habits, leur nouriture, le lieu où passer leurs vacances et même leur façon de parler et de marcher dans le seul but d'influencer autrui et de se " sur-valoriser ". Pire, des personnes choisissent des amis avec qui ils n'ont aucun lien, ni centre d'intérêt commun, dans le seul but d'appartenir à une certaine sphère. Elles ne sortent pas en groupe pour discuter, ni pour rigoler, ni pour s'éclater. Parfois elles s'ennuient à mort. Mais, le plus important c'est que ce groupe auquel elles appartiennent brille de mille feux, qu'il soit constitué de la crème de la crème des " noms de familles ". La personne en elle-même ne compte plus, c'est le nom qu'elle porte, ses origines, ses habits, sa fortune qui fait qu'on la choisisse ou pas, pour faire partie de la bande. Aucune fausse note n'est permise...
Et même, si jamais on vit un vrai partage avec quelqu'un, cela ne compte point et ce n'est pas pour autant qu'on fait " la concession " d'être vu en sa campagnie.
Ce sont là les lois de la frime, mais ce vice pousse parfois les gens un peu trop loin, de nos jours, puisque certaines personnes font des choix cruciaux ne tenant compte en celà que de ce que les autres y verront. On choisit un métier pour les autres et même la ou le futur(e) conjoint doit dépendre de cela. On ne s'intéresse point à son bonheur en couple ni à ce qu'on pourrait partager, ni ce que l'on peut vivre ensemble. On s'interesse au " tableau " que représentera l'autre et qu'on accrochera à l'entrée de chez soi. Il devrait briller de par le nom, de par la fortune, de par le travail et peu importe s'il est pourri de l'intérieur. Le plus important c'est l'image du couple d'or qui doit être reflétée, même si, au fond, il n'y a même pas de couple, mais deux personnes cherchant chacune son bonheur ailleurs, car tout simplement elles l'ont sacrifié pour le regard des autres...


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