Djerba que l'on croyait immunisée contre le fléau dévastateur de la violence sévissant incessamment dans plusieurs régions du pays, a été souillée à son tour par le regrettable incident survenu le samedi 22 décembre , correspondant à la date choisie par Nidâa Tounès pour tenir son meeting politique. D'aucuns, du moins parmi les insulaires, ne peuvent chasser de l'esprit les scènes de violence et d'agressivité caractérisée vécues devant le Casino et dont était victime, sans discernement, le nombreux public venu prendre légitimement part au meeting. On était loin de s'attendre à une telle arrogance, à une telle rancœur, à une telle intolérance ; nul n'était alors en mesure de prédire un pareil scénario, un tel aboutissement inimaginable et une telle issue cauchemardesque qui sont venus pour rompre avec le naturel légendaire pacifiste et tolérant du Djerbien. L'avènement de cet incident d'une rare violence qui a contraint les responsables de Nidâa Tounès venus pour prendre contact avec leurs bases dans l'île d'annuler le meeting, était suffisant pour ameuter les forces vives de la société civile ou agissant au sein de quelques partis politiques, éprises des nobles valeurs de liberté, de droit à la différence et de démocratie et qui ont vite réagi, d'une manière ou d'une autre, à ce dérapage gravissime perpétré par des forces peu enclines à la liberté d'expression , au droit à la différence, ou réactionnaires et rétrogrades. Dans ce contexte aussi, et dans le cadre de la réalisation de ses objectifs, l'Association Citoyenneté et Libertés a pris l'initiative d'organiser à la date du dimanche du 27 janvier une table ronde à laquelle ont été invités les représentants des partis politiques et de quelques associations de la société civile qui ont tous répondu présents, accueillant très favorablement une telle initiative qui intervenait dans un contexte des plus difficiles et qui venait à point nommé pour mettre toutes les parties prenantes devant leurs responsabilités citoyennes, à l'exception déplorable cependant de deux partis, en l'occurrence La Nahdha et le CPR. Réunis dès dix heures du matin au Centre Culturel Méditerranéen à Houmt-Souk, les participants à la table ronde ont pris tout leur temps pour se concerter et réfléchir en commun, avant de se prononcer d'une seule voix en faveur de l'élaboration d'une charte traduisant fermement leur volonté commune de contrecarrer cette fâcheuse tendance au recours à la violence et à l'exclusion de l'autre, qui a commencé peu à peu à gagner du terrain. Aussi, se sont-ils tous engagés entre autres à consacrer la liberté d'expression et de création en tant que droit inaliénable à sauvegarder, bannir catégoriquement toutes les formes de violence, d'où qu'elle provienne et de quelle que nature qu'elle soit, étant considérée comme une menace réelle et une atteinte sérieuse au droit à la différence et à la cohabitation pacifique entre toutes les composantes de la société, à rejeter toutes les structures parallèles aux organismes étatiques , dont les ligues de protection de la révolution, susceptibles de nuire au processus de la transition démocratique et à veiller à leur dissolution, à prémunir les mosquées de la propagande politique, à protéger la Révolution en veillant tant à la réalisation de ses nobles objectifs ayant trait au droit au travail, à la liberté et à la dignité, qu'à l'actualisation de la loi relative à la justice transitionnelle, et à bannir la diffamation et le discours excommunicatoire contraires à l'éthique et aux principes de l'activisme politique.