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Un sit-in sous haute surveillance
«Occupons l'ANC !»
Publié dans Le Temps le 27 - 07 - 2013

Depuis le soir de l'assassinat politique du député Mohamed Brahmi, paix à son âme, une kyrielle infinie de soubresauts, de manifestations occupant les rues, d'agressions, d'invasions d'institutions représentant l'Etat a chambardé la nuit du 25 juillet 2013.
Tous dans un chœur, réclamaient la dissolution du gouvernement provisoire actuel et du l'Assemblée nationale constituante qui a dépassé de plus d'un an son mandat légal, dont l'échéance était le 21 octobre 2012, sans être arrivée à terme de sa mission : une Constituante toujours pas achevée et des élections qui tardent à venir. Entre temps, deux assassinats politiques qui se ressemblent trop ayant pour victimes deux hommes politiques appartenant à l'Opposition, tués par balles devant leur demeure en plein jour, alors qu'ils s'apprêtaient à monter dans leurs voitures.
A différence près, le second assassinat qui a couté la vie d'un père de 5 enfants a eu lieu symboliquement au cœur du mois saint, le jour où les Tunisiens se préparaient à fêter le 56ème anniversaire de leur République. Une fête transformé en deuil national et ravivant la haine d'un peuple de plus en plus mécontent et révolté face au rendement du pouvoir en place. Pourtant, ce dernier, a commencé depuis quelques mois à mieux avancer dans le processus transitoire et à activer cette phase malgré toutes les tensions. Les travaux de l'ANC allaient bon train, où contraints à se trouver un consensus coute que coute, les blocs parlementaires se concertaient inlassablement pour éviter un quelconque blocage et faire avancer la machine constitutionnelle vers les élections.
Un coup de théâtre fatal : un des leurs est froidement assassiné le jour de l'anniversaire de la République devant chez lui.
Après la rupture de jeun la jeudi soir, des rassemblements éparpillés ont eu lieu par-ci et par-là dans la capitale, occupant les lieux stratégiques du centre ville. Manquant d'organisation et de stratégie, les gens sont descendus à la rue spontanément sans savoir où se diriger ni où se rassembler mais étaient déterminés à ne point se taire. Profitant de cette perplexité logistique, les forces de l'ordre, qui ont d'abord laissé faire les manifestants, les ont attaqués sans crier gare et après leur avoir laissé libre accès au trottoir central de l'Avenue Habib Bourguiba. Un arrosage massif et soudain de gaz lacrymogène a aspergé les présents, des policiers à pieds ou sur des motos ont semé la panique dans la foule à coups de cris, de menaces, d'agressions physiques et morales. Chaises des cafés envolés, manifestants tantôt apeurés, tantôt piégés dans les boutiques, tantôt têtus et intrépides occupant de nouveau la rue malgré l'air asphyxiant. Le jeu du chat et la souris a duré pendant 3 heures. Les manifestants n'étaient pas nombreux comme du temps de l'assassinat du militant Chokri Belaid, la majorité descendue ce soir-là appartenait à la petite bourgeoisie et l'élite. Le Tunisien modeste n'y était pas. Chose qui a intrigué et révolté plus d'un.
Après quoi, les manifestants se sont dirigés vers la Place Mohamed Ali, où se trouve le siège de l'UGTT. Un grand rassemblement a eu lieu, où société civile, quelques figures emblématiques et des militants ont répondu présents. Pendant une heure l'hymne national a été scandé. Des appels à la dissolution de l'ANC et à la démission de l'Opposition étaient lancés. Des accusations directes contre le parti islamiste ont été prononcées. Vers 1h du matin, toute cette foule humaine s'est dirigée à pieds de la Place Mohamed Ali au siège de l'ANC, se trouvant au Bardo pour dissoudre cette institution qui leur a coûté plus que cher en termes de temps, d'argent et de sécurité nationale.
Dans les mille personnes se sont rassemblées devant le siège de l' Assemblée constituante le soir du 25 juillet 2013 et ont veillé jusqu'à tard dans la nuit. La présence policière était énorme. Armée et forces de l'ordre étaient sur place bien avant l'arrivée des manifestants et ont assiégés les lieux pour protéger le siège de l'ANC contre toute tentative d'attaque.
Aucune attaque de part ou d'autre n'a eu lieu. Face à face, le corps sécuritaire et les manifestants se regardaient s'apprêtant à prendre l'assaut de la situation au cas où ça dégénère. Nous avons noté, également, la présence de plusieurs petits groupes de voleurs et de semeurs de troubles qui ont même attaqué et intimidés certains journalistes dans le but de leur voler leurs matériels. Le rassemblement a duré jusqu'à l'aube. Hier matin, le 26 juillet, en réaction aux dernières déclarations du ministre de l'Intérieur, dans les mille citoyens sont allées occupées les alentours de l'ANC, Place le B ardo.
Bravant le soleil, la canicule et le jeun, ils se sont assis à même le sol, attendant d'être joints par d'autres milliers de citoyens, qui eux, dissuadés par la chaleur infernale, ont préféré restés dans la fraicheur de leur maison à regarder et partager les informations de loin… Sur place, l'ambiance était tendue vu les nouvelles qui tombaient comme la foudre quant aux déclarations officielles. Plus d'un était déçu du manque d'entrain des Tunisiens et leur indifférence-même quant à la situation actuelle dangereuse du pays que certains expliquent par l'absence des vrais citoyens braves : «Je suis dégoutée ! J'habite à Gammarth, je suis une femme et mère d'enfants. Je fais le Ramadan. J'ai parcouru toute cette distance pour ne trouver que quelque 400 ou 500 personnes ! Je me demande où sont passés les Tunisiens intrépides ! Ne me dites pas c'est la chaleur qui leur a fait cet effet ! C'est un second père de famille qui vient de perdre froidement la vie par balles ! Il aurait pu le mien, le leur ! Je suis dégoutée ! Mais je reviendrai le soir !», nous confia une des personnes présentes.
Une seconde jeune femme présente sur place, parce que les trois quarts de présents étaient des femmes, nous a déclaré en ces termes : «Je n'arrive pas à expliquer cette indifférence, voire cette lâcheté de mes semblables ! Om sont-ils ! Ils ne travaillent même pas aujourd'hui ! Quels arguments ont-ils pour ne pas être solidaires et dire non à ce fléau qu'a jamais connu notre pays : les assassinats politiques ! Je n'arrive à me l'expliquer ! Croyez-moi !
Cette aboulie de la part de plusieurs tunisiens a choqué tous les manifestants qui étaient sur place dont une partie préfère garder espoir et attendre la rupture du jeun. Un des jeunes sit-inneurs préfère demeurer optimiste «Je crois en nous, en notre peuple, il bougera. Les Tunisiens seront là après avoir rompu leur jeun. Je préfère rester optimiste ou on est vraiment dans la merde si on cède au pessimisme. Comme dit le proverbe : s'il n'en reste qu'un, je serais celui-là !».
Sur place, les policiers exhortaient les manifestants à foutre le camp et libérer la Place, chose que ces derniers refusèrent. Certaines tensions ont été ressenties, le soleil, le jeun et le manque de nicotine et de caféine aidant. Plusieurs avocats étaient venus soutenir les sit-inneurs. On appelait à améliorer la logistique : vivres, tentes, matelas et surtout de l'eau. Jusqu'à l'écriture de ces lignes, les manifestants, fatigués, déshydratés et lassés mais coriaces et déterminés, demeurent sur place et attendent d'être rejoints le soir par des milliers de citoyens.


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