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Désacralisation
L'éditorial
Publié dans Le Temps le 28 - 08 - 2013

Ali Laârayedh est dans son rôle : celui d'un chef de gouvernement dans un contexte politico-social difficile pour ne pas dire impossible. S'il rebondit, néanmoins, défendant son mandat, réaffirmant son implacabilité quant à la date du 23 octobre, c'est qu'il s'agrippe à sa « légitimité électorale » celle-là même que Rached Ghannouchi dans une volte-face prodigieuse, a servie comme gage de bonne foi, à Béji Caïd Essebsi.
Pour autant, Ali Laârayedh donne l'impression d'être lâché (et il a sans doute cette impression) par son chef spirituel. Curieux retour des choses au demeurant : Ali Laârayedh s'apprête à rejoindre Hamadi Jebali dans le groupe des disgraciés. Par ricochet, des réminiscences remontent à la surface : tous ceux qui ont été férocement persécutés pas Ben Ali (Laârayedh, Jebali et les autres, par milliers) n'ont, au fond d'eux-mêmes, jamais pardonné à Ghannouchi de se l'avoir coulée douce à Londres alors qu'ils croupissaient dans des geôles inhumaines. Pourquoi alors avoir intronisé Ghannouchi : guide suprême après la révolution dans l'emphase et le lyrisme messianiques ? Il fallait un symbole, il fallait fabriquer un messie pour s'asservir la crédulité des âmes égarées à travers les strates identitaires et les tourments religieux. En un mot, Ghannouchi a été fabriqué, puis réinventé pas Ennahdha et non pas l'inverse. Quelque part c'est une mécanique maçonnique. Et tous les mouvements religieux du monde sacrifient à cet aspect fasciste de l'esprit d'alliance, d'impératif suprême instrumentalisant le fait religieux, un fait demeuré jusque là sociologiquement indéfini parce que vague et imprécis.
Où en est donc Rached Ghannouchi de ses accommodements de la religion ? Pour le moment, il est taraudé par le pouvoir tant au sein d'Ennahdha que dans la gestion des consciences et des affaires de l'Etat. Et gare à ceux qui manifestent un besoin d'indépendance ; Jebali l'a vérifié à ses dépens et Laârayedh, bouc émissaire d'une conjoncture politique impossible, est mis en équation dans la tactique de l'échiquier de Ghannouchi. Un Ghannouchi qui parodie Bourguiba – quand celui-ci lâchait les siens – qui parle mieux qu'il n'agit sur le plan politique et qui aura du mal à affronter la réalité d'une fin de règne. Les forces montantes d'Ennahdha, forces modérées, refusent désormais le pouvoir cacique d'un homme théocratique et avec des relents dictatoriaux. C'est l'ère de la désacralisation des «avantages acquis »


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