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Mehrez Boussayane (Pt CNOT) : «Pour nous, le principal combat est de moraliser le sport»
Publié dans Le Temps le 11 - 06 - 2014

Le Comité National Olympique Tunisien fait de plus en plus parler de lui grâce au dynamisme qui caractérise l'action de ses commissions, mais aussi à l'apport qu'il est en train d'assurer pour les fédérations en ce moment de crise financière. Mieux, le CNOT entend participer à l'effort national de lutte contre l'extrémisme qui ronge notre société depuis la révolution.
C'est de cela que nous avons voulu parler avec le président du CNOT, Mehrez Boussayane à l'occasion de la célébration, comme partout dans le monde, de la Journée Olympique. Une célébration qui se démarque de la routine de tous les ans et qui fera certainement date dans le parcours du mouvement olympique en Tunisie et dans le monde.
-Le Temps: La caravane olympique partira bien loin de la Capitale à l'occasion de la Journée Olympique, cette année. Et puis, ce ne sera pas une journée, mais plutôt trois. Pourquoi cette décision d'un coup ?
Mehrez Boussayane: Parce que l'olympisme n'est pas uniquement les Jeux Olympiques et parce que la Journée Olympique n'est pas un simple acte protocolaire de levée du drapeau du CIO. Si vous lisez la Charte olympique, vous allez découvrir qu'elle stipule dès la première phrase que « l'olympisme est une philosophie de la vie ». C'est un véritable pacte d'amitié, de solidarité et de paix qui s'articule sur la pratique sportive et l'enseignement des nobles valeurs humaines. Et, nous pensons, aujourd'hui, que l'olympisme peut apporter de l'espoir à notre peuple dans cette conjoncture postrévolutionnaire caractérisée par la recrudescence de la violence et la montée de l'extrémisme.
Nous avons donc décidé de brandir le flambeau de l'olympisme dans des zones symboles de la révolution à savoir les Gouvernorats de Gafsa, Sidi Bouzid, Kasserine et Kairoyuan où nous célèbrerons avec les habitants de ces régions la Journée Olympique sur trois jours, les 13, 14 et 15 juin. Nous apporterons de la joie et de l'espoir aux jeunes, longtemps marginalisés et frustrés.
L'un des moments forts de ce périple olympique sera la course olympique au mont Châambi. Nous voulons y apporter le message de la paix pour que se taisent à jamais les armes de la haine et de la rancœur.
- De quelle manière ? le programme prévoit des manifestations sportives et culturelles. Et puis après ? Là-bas, la Révolution s'est faite parce que les gens ont faim et parce que le développement ne les a pas touchés.
- C'est effectivement notre conviction ! Mais notre conviction aussi c'est que le Sport peut constituer un important levier de développement. Dans ces régions, il faudrait créer une véritable vie sportive, non pas seulement celle qui repose sur la compétition et les résultats, mais celle qui permet à tous d'exercer leur droit à la pratique sportive. Cela suppose la création de chantiers de construction d'espaces sportifs de tous genres et d'usines de production de matériels sportifs, de ballons, d'équipements... Imaginez l'activité économique qui pourrait naître. N'est-ce pas là une garantie au développement ? N'oubliez pas que depuis le 6 avril dernier, le monde entier a commencé à célébrer, la Journée Interantionale du Sport au service du développement et de la Paix telle que décrétée par l'AG de l'ONU le 23 aout dernier à New York. N'est-ce pas là la preuve que l'ONU elle-même reconnait au sport un rôle qui peut être déterminant dans l'instauration de l'équilibre dans le monde et, par conséquent, de la promotiion de la Paix?
- Cette Journée a été célébrée avec faste par le CNOT...
- Absolument ! Elle est tombée à point nommé avec les nouvelles orientations que nous nous sommes fixées. Et c'était pour nous, un peu le déclic puisque nous avons décidé de la célébrer dans le Gouvernorat de Jendouba où le terrorisme avait frappé peu de temps avant. Nous ne nous attendions pas à autant d'adhésion. Les habitants de Jendouba étaient derrière nous dans une marche symbolique que nous avions menée contre le fanatisme et le terrorisme. C'était pour nous l'occasion de mesurer combien le sport pouvait être rassembleur. Mais les jeunes de la région n'ont pas manqué de nous faire part de leur détresse devant tant de privation. Ni emploi, ni terrain de jeux, leur frustration les conduit vite sur des sentiers dangereux aussi bien pour eux que pour la société.
- On croit savoir justement que le CIO donne beaucoup d'argent aux comités olympique nationaux.
- Il ne faut pas croire qu'il fait acte de bonne charité. Au fait, il s'agit du financement par la Solidarité olympique de programmes bien définis par le CIO. Pour y accéder, il faut travailler et présenter des dossiers fiables. Nous ne cachons pas que nous avons accordé une importance capitale à ce volet en recrutant un spécialiste dans le domaine. Aujourd'hui, nous pouvons dire que nous sommes sur le point de tripler nos recettes en provenance de la Solidarité olympique. Les bénéficiaires sont les fédérations et les athlètes olympiques Séniors et jeunes, mais aussi les cadres techniques et les commissions du CNOT.
- Cela place le CNOT en bonne position à l'échelle des structures de décision sportive
- C'est sa position naturelle. Avant, il était quelque peu effacé. Aujourd'hui, nous entendons le repositionner afin qu'il joue le rôle qui lui est dévolu par la Charte Olympique et ses propres statuts.
N'oubliez pas que c'est la première fois que nous avons un comité olympique élu. Nous nous efforçons à ne pas décevoir les fédérations qui ont voté pour nous et nous entendons surtout contribuer à la réhabilitation de l'image de notre pays dans le monde. Nous sommes contents que les instances internationales apprécient l'effort. Ce qui nous encourage à ouevrer davantage dans le sens de la vulgarisation de la culture olympique.
- Une dernière question Maitre Boussayene, est-ce que vous pensez que le mouvement sportif vous suit ? Est-ce que les fédérations sont suffisamment imprégnées de valeurs olympiques ? Pourquoi tant de tractations, d'animosité dans notre sport ?
- C'est la question ! Je pense que c'est à cause du système. Il y'a trop d'intérêts dans notre sport qui font que les bénévoles qui accèdent aux postes de décision trouvent du mal à défendre la noblesse du sport. Il y'a un gros travail de révision des textes sportifs à mener, outre une nécessaire restructuration des instances de gestion. Le ministère a déjà ouvert un grand chantier dans cette optique. Il est bien évident que nous ferons en sorte que l'esprit olympique préside à la nouvelle vision. Pour nous, le principal combat à mener est de moraliser le sport.
Inteview recueillie par R.B.A


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