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Système «généreux», mais quand même à deux vitesses
Publié dans Le Temps le 07 - 08 - 2014

« Les pires ennemis des médicaments génériques en Tunisie sont les médecins et les pharmaciens », a indiqué le Dr Chelbi Belkahia, doyen honoraire et professeur de médecine connu à la Faculté de médecine de Tunis, ajoutant que les médecins sont aussi contre la substitution des médicaments, qui s'avère être parfois une nécessité et n'est nullement contraire à la liberté de prescription.
Intervenant lors d'un colloque organisé, hier, à Tunis, par le parti Al Joumhouri sur la réforme du secteur de la santé publique en Tunisie, le professeur Belkahia a cité ces lacunes au niveau de la prescription des médicaments parmi les nombreux facteurs à l'origine des problèmes et difficultés de toutes sortes dont souffre le secteur de la santé publique et qui réduisent son rendement et sa capacité à répondre aux besoins nationaux.
Or, comme l'ont souligné tous les intervenants dans ce colloque, qu'il s'agisse de politiciens comme le président du comité politique du parti Al Joumhouri, Ahmed Néjib Chebbi ou des spécialistes invités à animer les travaux, à l'instar du professeur Belkahia et du Dr Zoubeir Ben Safta, chef de service de chirurgie à l'hôpital de la Rabta, à Tunis, les dépenses nécessitées par les soins sanitaires, en Tunisie, sont supportées à hauteur de 53% par le citoyen tunisien alors que 80% des Tunisiens bénéficient de la couverture sociale. Les officiels reconnaissent la grande part revenant au citoyen dans les charges inhérentes aux soins sanitaires, en Tunisie, face à une qualité qui reste très relative.
Les prix des médicaments génériques sont moins chers que les prix des médicaments originaux, ce qui a fait dire au Dr Belkahia que les ordonnateurs du budget sont les prescripteurs.
Les participants ont noté que les diagnostics concernant la situation du secteur de la santé publique en Tunisie, présentés, au cours de ce colloque, par les politiciens et les spécialistes rejoignent parfaitement ceux des officiels et des responsables.
Les moyens existent et peuvent assurer les besoins, dans de bonnes conditions, mais le grand problème a trait à un déséquilibre notoire au niveau de la répartition, comme celle des équipements et des médecins spécialistes entre les régions, entre autres.
Le Dr Zoubeir Ben Safta a souligné qu'un bon système sanitaire se reconnaît par l'accessibilité de tous aux soins sanitaires et une offre officielle de qualité à même de répondre aux besoins.
En Tunisie, l'infrastructure est bonne, illustrée par l'existence d'un réseau dense d'hôpitaux locaux, régionaux, et universitaires implantés un peu partout, parallèlement à des cadres médicaux et des ressources humaines suffisantes et de bonne qualité, de sorte que la défaillance se situe au niveau des équipements et de la répartition de l'offre. Les régions intérieures sont défavorisées, comme le prouvent les cartes établies par le ministère de la Santé publique.
Ahmed Néjib Chebbi a indiqué que certaines ambulances ont plus de 20 ans de service, alors que les appareils médicaux des hôpitaux publics tombent toujours en panne, ajoutant que le patient doit attendre parfois six mois et plus pour être examiné.
Secteur privé
Au même moment, et au-delà de son rôle dans le développement des prestations sanitaires et médicales, en Tunisie, le secteur privé accapare 70% des équipements de pointe alors qu'il ne représente que 12% de la capacité d'accueil exprimée en nombre de lits, outre 50% des médecins spécialistes et 80% des dentistes et des pharmaciens. Cette situation s'est traduite par l'émergence d'une santé à double vitesse, une pour les riches et une autre pour les pauvres.
Cependant, certains analystes y compris des intervenants dans le colloque, trouvent que le secteur de la santé publique en Tunisie demeure plutôt un système généreux (favorisant la gratuité et la modicité des prix des soins), au milieu d'un système économique libéral dont le principe de base est la rentabilité.
En effet, la santé est liée à la couverture sociale, et l'un des problèmes entrant dans ce cadre a trait au déficit des caisses sociales, et en tête la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM).
La promotion du secteur de la santé publique commande ainsi une réflexion profonde sur tous ces aspects, tenant compte de la situation générale du pays à tous les niveaux et dans les divers domaines.


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