Comment va le moral ? Il n'est certainement pas au beau fixe. Mais, en fait, ça sert à quoi d'avoir le moral ? En Tunisie on a l'impression que tous ces corps alourdis par les tracasseries du quotidien, qui se bougent et s'activent pourtant difficilement n'ont pas de but précis que de satisfaire des besoins élémentaires d'un quotidien sans spiritualité. 8 h 00 du matin à Tunis, le centre ville. Dans cette artère principale de la capitale, l'Avenue Bourguiba, des femmes et des hommes transportant leur corps, affichent des visages chiffonnés et avachis. Sur le chemin du travail, les travailleuses et les travailleurs semblent se mouvoir pour supporter des avanies et non pas pour produire et agir. « Le travailleur vend sa force du travail contre un droit à consommer. Il n'est plus cet employé qui cherche une satisfaction sociale à travers son travail. » nous dit cet employé de la banque complètement enseveli sous une masse de documents. Et quel en est la cause ? La valeur du travail en perdition sous nos cieux s'explique essentiellement par la non reconnaissance sociale de la compétence. « Les connaissances rapportent plus que la compétence. Pourquoi donc aller trop loin dans les études quand on peut user et abuser d'un bon carnet d'adresses. », commente un étudiant en journalisme. Il faudrait rappeler dans la foulée que la politique de l'abêtissement qui sévissait du temps de Ben Ali a clochardisé les diplômés et déprécié la valeur des diplômes. « A quoi bon faire des études un peu trop poussées, quand on a un physique qui nous permet de décrocher un bon emploi et de se propulser au sommet de l'échelle professionnelle ? », bon nombre de femmes a fini par réfléchir de la sorte dans un temps qu'on espère révolu! Les médias et le gain facile Les médias n'étaient pas en reste, puisqu'ils ne se sont pas fait prier pour valoriser une programmation qui n'a fait qu'encourager le gain facile, méprisant le travail et ceux qui gagnent un pécule à la sueur de leur front. Les médias n'ont-ils pas encensé l'argent facile des footballeurs, des capitalistes sans foi ni loi et des artistes sans l'art ? Sauf que là ces temps de la misère intellectuelle des producteurs médiatiques, et des animateurs de pacotille n'ont pas pris fin avec la fin de l'ancien régime. La machine de l'abêtissement du peuple et du conditionnement des esprits continue ou plutôt reprend de plus belle avec les mêmes figures recyclées de l'ancien régime parfois avec d'autres animateurs, pire que leurs prédécesseurs. Nos médias pourront-ils un jour s'acquitter de leur responsabilité pour valoriser le travail, et ceux qui ‘'creusent'', ‘'fouillent'' et ‘'bêchent'' ‘' sans laisser nulle place où la main passe et repasse''. Le laboureur dans ce poème culte de La Fontaine a fini par transmettre à ses enfants la valeur de la terre qu'on laboure et les manches qu'on retrousse sous un soleil ardent pour travailler. Sous nos cieux méditerranéens, rien ne semble rester de la valeur du travail. Au petit matin, dans une capitale aux yeux alourdis par un sommeil pathologique, on a l'impression qu'elle ne se réveillera jamais de sa longue léthargie, tant les gens se déplacent doucement pour continuer sur la même lancée le soir. ‘'Doucement le matin pas trop vite le soir'', cela devient monnaie courante quand on a un pain quotidien à gagner ! La faute à qui ? Aux rêves perdus et aux illusions révolutionnaires, dira-t-on pour que chacun jette son dévolu sur l'Autre et pour éviter de rendre compte à soi et à la société. Une question nous interpelle pourtant : peut-on avoir une autre perception de ce qu'on appelle la réalité ?