Longtemps, fer de lance à l'avant-garde de tous les combats contre l'aliénation, la supercherie et l'asservissement des esprits, sous toutes leurs formes, les philosophes et les scientifiques brillent, aujourd'hui, par leur absence totale dans les grands débats d'idées qui secouent la scène tant aux échelons nationaux qu'à l'échelle internationale et mondiale, en ce qui concerne, notamment, la montée de l'obscurantisme, de l'extrémisme et du conservatisme de tout bord. La liste de ces philosophes et savants avant-gardistes est longue et beaucoup d'entre eux ont payé chèrement leur audace intellectuelle : le grand philosophe grec Socrate, au 5èmesiècle avant J.C, fut obligé par les gouverneurs de la Cité d'Athènes de boire le poison, pour le punir « de vouloir dérouter l'esprit des jeunes athéniens par son enseignement et les monter contre la religion de leur Cité. Le philosophe grec , également, Aristote dut, un siècle plus tard , environ, fuir la même Cité d'Athènes pour échapper à la même accusation. 2000 ans plus tard, le philosophe et astronome italien Giordano Bruno fut brûlé vif en 1600 après J.C, à Rome, sur ordre de l'Eglise catholique, pour hérésie, atteinte aux croyances religieuses et propagation d'idées novatrices. Avant lui et sous d'autres cieux, le philosophe arabe Averroès, au 12ème siècle après J.C, à Cordoue, en Andalousie, fut accusé, lui aussi, d'hérésie, tandis que ses écrits furent brûlés sur la place publique, à l'instigation des chefs religieux du royaume. La même accusation fut portée un siècle auparavant , au Caire, en Egypte, contre le mathématicien et physicien arabe Ibn al Haythem qui dut, lui, feindre la folie afin d'échapper au courroux des rois fatimides du pays à l'Epoque. Quelques sept siècles plus tard, en France, les philosophes et savants du siècle des Lumières, Diderot , d'Alembert, et autres noms célèbres comme Montesquieu et Voltaire, durent braver le despotisme royal et l'intolérance religieuse, pour produire et éditer l'œuvre appelée l'Encyclopédie (Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers), à destination du grand public et jeter, de la sorte, les germes de la grande Révolution française de 1789. La contribution des philosophes et des scientifiques à la libération réelle de l'homme des asservissements et assujettissements de quelque nature que ce soit, n'a, ainsi, jamais fait défaut jusqu'à ce qu'ils soient récupérés et domestiqués, à leur tour, par les pouvoirs politiques pour les mettre à leur service. Cette domestication des scientifiques a commencé au 19ième siècle, notamment en Europe et en Amérique du Nord, puis partout ailleurs, et elle continue jusqu'à nos jours, mais de façon plus systématique. La grande désertion Devenus les serviteurs passifs et dociles des hommes politiques et des pouvoirs politiques, les scientifiques et les philosophes se sont aliénés, à leur tour, et ils ont aliéné, avec eux, dans le sillage, la science et le savoir, en cédant à leurs patrons parmi les politiciens, la tâche de proposer les manières « justes » de voir les choses, alors que cette tâche a été une exclusivité de la science et des hommes de science, arrachée à coup de grands sacrifices aux anciens prétendants dépositaires de la connaissance : sorciers, prêtres, religieux et autres connaisseurs attitrés du genre. Une telle démission relève d'une désertion pure et simple du grand champ de bataille de l'histoire humaine. a Pratiquement, aucune idée scientifique et philosophique novatrice n'a vu le jour , depuis près d'un siècle et demi, tandis que le monde, semblant avoir pris le chemin irréversible de l'émancipation par rapport aux coutumes et aux systèmes de pensée désuets, a amorcé, ces dernières années, une régression intellectuelle aux conséquences imprévisibles, illustrée par un retour triomphal du conservatisme à tous les niveaux. N'y-a-t-il pas là une occasion propice pour les philosophes et les scientifiques de reprendre leur lutte exaltante face à la dépossession contre nature des esprits ?.