Dans une déclaration faite hier sur les ondes de la radio Mosaïque FM, Hassen Zargouni, directeur de Sigma Conseil, a annoncé que le nombre de chômeurs tunisiens avoisinait actuellement les 650.000 personnes dont 245.000 diplômés. Un chiffre alarmant d'autant plus qu'il serait en constante croissance. Hassen Zargouni a ajouté que le problème majeur de l'emploi en Tunisie résidait dans une disproportion manifeste entre l'offre et la demande. Si près de 61.000 candidats au travail ont été embauchés en 2014, notamment via l'Agence Nationale de l'Emploi et du Travail, il faut savoir que la Tunisie produit chaque année environ 120.000 nouveaux demandeurs d'emploi. Une équation difficile à résoudre et un lourd héritage que le pays traîne depuis des années. Le 27 février dernier, huit diplômés chômeurs se sont rendus au local de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme (LTDG) et y ont entamé une grève de la faim pour protester contre leur condition précaire et leur situation sociale insoutenable. Ces six hommes et deux femmes estiment que leur chômage n'a que trop duré sans que les autorités ne daignent fournir d'effort pour mettre fin à leur calvaire. En réponse à leur mouvement de protestation, la Présidence du gouvernement a annoncé via communiqué qu'elle leur accordera, pendant trois mois, la somme de 150 dinars en attendant de leur trouver une solution durable. Une proposition déclinée par les grévistes qui persistent à revendiquer leur droit au travail et principalement l'accès à la fonction publique, malgré la grave détérioration de leur état de santé après plus d'un mois de grève de la faim. Pour rappel, Gabès compte 20.000 chômeurs dont 8500 diplômés et le taux de chômage y a atteint le taux inquiétant de 23,7%. Interrogé hier à propos de cette affaire, Zied Ladhari, Ministre de la Formation Professionnelle et de l'Emploi, a indiqué que le directeur régional de la formation professionnelle et de l'emploi à Gabès ainsi que le gouverneur de la région, en concertation avec la Présidence du gouvernement, suivait de près l'évolution de ce dossier et ce, depuis le premier jour. Par ailleurs, il a invité les grévistes à se lancer dans l'entrepreunariat et à monter des projets dans le secteur privé tout en précisant que le ministère sera à leurs côtés pour les former et les appuyer financièrement et logistiquement. Zied Ladhari a toutefois tenu à préciser que le secteur public était quasiment saturé et que l'Etat n'était plus en mesure de recruter à large échelle comme ce fût le cas juste après la révolution. L'orientation actuelle étant d'encourager l'entreprenariat des jeunes, le ministre a annoncé qu'un grand projet, consistant au financement de 13.000 projets de petites et moyennes entreprises, était en cours de finalisation et a invité tous les intéressés à envoyer leurs dossiers pour tenter de bénéficier de ce financement. Egalité des chances en milieu professionnel Par ailleurs, le Ministère de la Formation Professionnelle et de l'Emploi et le Ministère de la Femme ont récemment conclu un accord avec le club Face Bizerte-Tunisie et un certain nombre d'entreprises visant à promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes sur le plan professionnel. Initié par la Fondation Agir Contre l'Exclusion (FACE), en partenariat avec l'Association des Responsables de Formation et de Gestion Humaine dans les Entreprises, ce projet est financé par la délégation de l'Union Européenne en Tunisie. Sur le site de la fondation, on peut lire que selon une étude menée par l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), près de 60 % des Tunisiennes ont fait des études secondaires ou supérieures mais seulement 20% d'entre elles travaillent. En revanche, 70 % des hommes qui ont fait des études secondaires ou supérieures, ont un taux d'emploi qui dépasse les 60 %. L'objectif principal du projet est donc de réduire les discriminations liées au genre dans le milieu professionnel et ce, en sensibilisant les entreprises tunisiennes et en accompagnant de jeunes femmes dans leur insertion professionnelle, notamment dans les régions rurales.