L'ancien président provisoire de la République, Moncef Marzouki, a participé, au cours de la semaine dernière, à une opération d'une flottille internationale pour lever le blocus de Gaza, un blocus maritime terrestre et aérien imposé par Israël depuis 2006 suite à l'enlèvement d'un soldat israélien par les forces du Hamas. N'ayant pas connu de grandes couvertures médiatiques, la propagande de cette activité s'est fait presque uniquement à sens unique via la page officielle Facebook de Marzouki et via la chaîne qatarie Al Jazira. Le lundi 29 juin 2015, le Congrès pour la République (CPR) a émis un communiqué dans lequel il dénonce et informe à la fois du « kidnapping » de Moncef Marzouki par les forces israéliennes. La marine israélienne a par la suite intercepté le navire au bord duquel se trouvait Marzouki pour ensuite l'escorter vers le port d'Ashdod, au nord de Gaza. Même si cette information a été relayée le matin même par plusieurs médias américains, dont le New-York Times, qui ont précisé que l'intervention israélienne s'est effectuée sans aucune violence et a respecté toutes les procédures – une précision importante parce que le voyage de la dernière flotille, datant de cinq ans, a fini dans un bain de sang après une attaque des soldats sionistes – et qui ont même annoncé le retour de Marzouki à Paris avant de revenir à Tunis, les dirigeants du CPR ont tout fait pour amplifier l'incident. Ainsi, le soir même du lundi, quelques militants du parti de l'ex -président se sont réunis dans un quartier de l'Ariana en scandant des slogans appelant les autorités à agir pour la libération de Marzouki. De son côté, le ministère des Affaires étrangères a publié un communiqué dans lequel il a condamné la prise en otage de la flotille de liberté et où il a appelé à la libération de tous les militants se trouvant à bord. Après Paris, Moncef Marzouki a atterri à l'aéroport Tunis-Carthage dans la soirée d'hier. Brandissant le drapeau palestinien et la clé symbolisant le droit au retour des réfugiés palestiniens, Marzouki a été accueilli en héros par ses partisans. Une mise en scène presque parfaite dans une tentative de relance de la vie politique de l'ancien président. Ironie du sort : dans ce cadre il serait peut-être utile de rappeler à Marzouki et aux dirigeants du CPR qu'ils ont refusé, du temps de l'Assemblée Nationale Constituante, de faire passer la loi criminalisant la normalisation avec l'Etat sioniste. La lutte des Palestiniens pour l'indépendance est une cause pour qui plusieurs militants ont sacrifié leurs vies et des moyens grâce auxquels plusieurs politiciens ont regagné la sympathie des gens. Pour Marzouki, connu pour son égocentrisme et ses avatars, partir à Gaza est l'occasion idoine pour redorer une image fortement ternie, à l'heure où son propre pays baigne dans une ambiance tendue où le terrorisme ne cesse de provoquer des victimes. Il faut être frappé de myopie par l'envie de reprendre les devants de la scène pour pouvoir le faire !