Plus que tout autre indice archéologique, la céramique le fil directeur de l'expansion des phéniciens, pionniers et explorateurs de l'Occident méditerranéen. Les Phéniciens emportaient dans les cales de leurs navires, les amphores, précieux contenant du commerce antique, remplis de denrées variées, ainsi que les céramiques orientales de luxe, très prisées en Occident. Ils ont ainsi abandonné un peu partout des vases et surtout des fragments qui témoignent de leur passage, de leur dynamique économique et de leur présence. La céramique de l'ensemble de l'aire phénicienne d'Occident est de tradition orientale. Durant la période la plus archaïque (VIIIe siècle av. J.-C), elle reste fidèle au répertoire phénico-chypriote. Ce n'est que vers le VIIe siècle av J.-C, qu'elle commence à se démarquer discrètement de ses origines proche-orientales, phénomène qui va s'accélérer pour, au Ve siècle, aboutir à l'invention de formes neuves, typiquement puniques. Cependant, malgré ces emprunts, la céramique phénicienne et punique a fait preuve d'un conservatisme vigoureux qui la rend reconnaissable parmi les autres céramiques antiques. Les objets les plus anciens (plats, assiettes, patères urnes, lampes-coquilles) sont recouverts en totalité ou en partie, d'un bel engobe rouge lustré très caractéristique, remplacé à partir du VIIe siècle av. J.-C, par une peinture rouge. La céramique punique conservera longtemps ce décor peint fait de bandes et de lignes, malgré l'adoption au IVe siècle av J.-C, d'un décor végétal ou même figuratif stylisé, qui se généralise aux IIIe et IIe siècles av. J.-C. Quant aux amphores commerciales, très renflées et presque sphériques pour les plus anciennes, elles voient leur panse, s'allonger (VII et VIe siècles) et s'amincir (Ve et IVe siècles), puis s'effiler pour devenir parfaitement cylindriques, (IIIe, IIe siècles et plus tard), méritant ainsi le nom d'amphores torpilles ou d'amphore obus. Cependant, l'objet le plus caractéristique de la poterie phénicienne demeure la lampe-coquille au bord replié et pincé en trois endroits pour former deux becs. Au fil des siècles, elle va se replier, se resserrer jusqu'à se refermer complètement à l'époque de la destruction de Carthage (146 av J.-C). Maîtres d'un art né au Proche-Orient, les Phéniciens ont introduit en Afrique du Nord au début de l'âge du fer, des techniques très évoluées qui ont permis à la Numidie de dépasser le cap de la céramique modelée néolithique et protohistorique, pour adopter un répertoire oriental riche d'une expérience millénaire, le développer, de l'adopter à ses besoins et à son mode de vie. La céramique romaine et byzantine Avec l'avènement de l'ère romaine, la céramique connut une importance grandissante. Diffusée dans toutes les régions de l'Empire et utilisée par toutes les catégories sociales, elle devient une véritable constante de la vie antique dans ses différents aspects. L'Afrique, par sa position centrale, occupait une place stratégique dans l'Empire romain. Dans un premier temps, elle conserva les traditions puniques et dut importer de la céramique. Mais, grâce à son développement économique, elle devint une véritable région exportatrice et révéla une production aussi riche que variée (telle que les lampes, la céramique sigillée, les amphores...) qui se diffusa dans tout l'Empire. Objet d'usage courant, la lampe en terre cuite est omniprésente dans le contexte archéologique (habitat, milieu funéraire). Sous la domination romaine, l'Afrique a continué de fabriquer et d'utiliser des lampes puniques, tout en important des lampes italiques de la fin de la République et du haut Empire. D'une pâte fine et assez légère étaient obtenues par moulage de deux éléments distincts. Une partie supérieure toujours décorée, composée d'un disque (ou cuvette), percé pour le remplissage du réservoir qui constitue la partie inférieure. L'anse moulée en même temps que le disque, était toujours perforée et agrémentée d'un élément décoratif. Le réservoir en forme de coupelle plus ou moins creuse portait une estampille. Les lampes Au IIe siècle av. J.-C, les formes africaines réalisées dans les ateliers locaux sont assez lourdes, d'une texture moins épurée que celle des lampes italiques, et l'estampille est remplacée par des inscriptions tracées à la pointe, proche de la cursive. Toujours pourvues d'une anse, elles voient leur bec se transformer jusqu'au IIIe siècle ap. J.-C, tandis que le corps de la lampe s'allonge vers le IVe et au Ve siècle, la lampe chrétienne en céramique sigillée connut une grande diffusion. Au Ve siècle, une nouvelle lampe dite Vandale apparut, et son usage se maintint à la période byzantine. Circulaire, cette lampe était munie d'un réservoir fermé couronné d'un goulot flanqué de deux anses. Les lampes romaines étaient ornées de scènes mythologiques, de représentations humaines, animales ou végétales, de motifs géométriques, d'instruments ou de symboles. La réduction du disque dans les lampes africaines a entraîné l'adoption de scènes moins élaborées.