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G20 de Pittsburgh
Publié dans L'expert le 01 - 10 - 2009

Le 3ème G20 de l'après crise vient d'être bouclé à Pittsburgh aux Etats-Unis, avec des notes et des appréciations différentes. Les responsables politiques, et les décideurs sont partis satisfaits des résultats enregistrés et des décisions prises pour une meilleure régulation de la finance mondiale. Certains observateurs, tel que les organisations altermondialistes ou de l'environnement ont affiché leur mécontentement face à un sommet de communication plutôt que de décisions.
Loin des avis des politiciens ou des pessimistes, les résultats du sommet de Pittsburgh sont encourageants vu qu'ils ont abordé des thèmes et des points, jadis sensibles, et qui militent pour un meilleur encadrement de la finance mondiale.

Tout le monde est satisfait :
En venant au sommet de Pittsburgh, les différents chefs d'états ainsi que leurs ministres et leurs gouverneurs, sont venus pour défendre des dossiers bien précis qui les concernent. Les français sont venus avec la nécessité de marquer des points au niveau des rémunérations, les américains voulaient passer une résolution concernant le capital des grandes institutions bancaires, les chinois avec l'objectif d'obtenir des quottes parts dans le FMI, certains voulaient défendre l'environnement et les pays en développement,….
Le sommet a eu le mérite d'amener tous ses pays vers un terrain d'entente final, et chacun est parti satisfait des résultats obtenus. Chose qui est perceptible dans les déclarations de l'après sommet. Chacun a pu obtenir ce qu'il voulait.
Il faut rappeler à ce niveau que les 20 pays formant le G20 (y compris l'union européenne) constituent 85% du PIB mondial et plus de 60% de la population mondiale. Ce poids donne une importance capitale aux décisions prises par ce groupe et leurs impacts sur l'économie mondiale.


Des réussites et des dossiers oubliés :
Une lecture d'ensemble des différentes décisions prises dans le sommet de Pittsburgh soulève plusieurs remarques. En effet, on trouve des dossiers sur lesquels ont a réalisé des avancées considérables, d'autres qui demandent encore des efforts, certains qui étaient absents et des sujets qui n'ont même pas étaient mis sur la table des négociations:
1- Le dossier des rémunérations, très cher aux français, et spécialement au président Nicolas Sarkozy, a obtenu pleine satisfaction. En effet, les membres du G20 se sont mis d'accord pour une application du système français des rémunérations des traders et des chefs des institutions bancaires. Le nouveau système de rémunération se base sur moins de prise de risque et un étalement des bonus dans le temps avec l'introduction de plus de transparence et la possibilité d'intervention des superviseurs nationaux. Ce nouveau système sera mis œuvre selon des normes internationales strictes afin de mettre un terme aux pratiques qui entraînent une prise de risques excessive, et qui a conduit à la crise actuelle. Ironie de l'actualité économique, une semaine avant le sommet du G20, la banque américaine Goldman Sachs a annoncé la distribution de 20 milliards de bonus.
2- Sur le dossier de la réforme du FMI, entamé durant le G20 de Londres, les membres du G20, ont convenu à un transfert de quotes-parts au profit des pays émergents et en développement dynamiques d'au moins 5% depuis les pays sur-répresentés vers les pays sous-répresentés. Ce transfert profitera surtout à la Chine ainsi qu'à la Turquie et la Corée du Sud. Certains pays tel que la France, devront faire des concessions à ce sujet.
3- Les pays membres sont revenus sur une politique qui a été adoptée lors des periodes de hausse des prix de l'énergie, qui est les subventions aux énergies fossiles. L'engagement pris était d'éliminer progressivement et de rationaliser à moyen terme les subventions inefficaces aux combustibles fossiles tout en apportant une aide ciblée aux plus démunis. Les pays du G20 reconnaissent enfin que les subventions inefficaces accordées aux combustibles fossiles encouragent la surconsommation, restreignent notre sécurité énergétique, font obstacle à l'investissement dans des sources d'énergie propre et portent atteinte aux efforts de lutte contre le changement climatique. Une resolution qui fera des heureux du côté des organisations soucieuses du développement humain.
4- Les pays membres du G20, ont réaffirmé leurs engagements de faire part à tout protectionnisme et à redynamiser le commerce international, ralenti sous l'effet de la crise. Il a été convenu d'arriver à un accord final d'ici la fin 2010 pour la conclusion du cycle de Doha au niveau de l'OMC. Cet objectif, paraît ambitieux à la lumière des divergences qui existent entre les différents pays de l'OMC surtout au niveau du dossier de l'agriculture.
5- Certains dossiers n'ont pas eu l'intérêt escompté tel que le dossier de l'environnement, des pays en développement, des défavorisés. Et si le communiqué final a cité ces dossiers, c'est dans la cadre d'une déclaration d'intention (Exemple : Nous intensifierons nos efforts, en coopération avec les autres parties, pour parvenir à un accord à Copenhague, Mettre en oeuvre des plans de relance qui soutiennent les emplois décents, Stimuler les investissements dans les énergies propres et renouvelables et l'efficacité énergétique…). Ces dossiers sont relatifs à l'environnement, aux énergies renouvelables, à l'emploi,….Or plusieurs citoyens du monde qui ont souffert de la crise attendent des décisions plus énergiques, et des mesures plus concrètes.
6- Sur le dossier des paradis fiscaux et qui a enregistré une grande avancée lors du G20 de Londres, la réponse était molle. Depuis Londres, et les fameuses listes noires et grises de l'OCDE, plusieurs paradis fiscaux ont signé des conventions qui permettent de lever le secret bancaire. En pratique l'application de ces conventions reste très restreinte et soumise à l'analyse du cas par cas. Les pays du G20 ont eu un language menaçant : « Nous sommes prêts à recourir à des contre-mesures à l'égard des paradis fiscaux dès mars 2010”. L'envergure et la portée de ces mesures restent vagues. Des menaces dans l'air.
7- Le G20 de Pittsburgh n'est pas revenu sur les agences de notation et leur rôle dans la crise actuelle. En effet, les members du G20 se sont convenus à Londres de réglementer les agences de notation pour superviser leur travail et le rationaliser pour plus de fiabilité. Or à Pittsburgh, rien n'a été annoncé à ce sujet. Les hedges Funds, qui ont contribué à l'actuelle crise économique, sont aussi un des sujets qui n'ont pas eu une grande importance lors des négociations, chose qui est étrange vu la mobilisation sentie lors du G20 de Londres.
8- Les membres réunis ont fait part d'une grande objectivité dans leur évaluation de la situation économique mondiale. En effet, ils ont déclaré que « le sentiment de retour à la normalité ne doit pas nous conduire à un excès de confiance”. Partant de ce constat les membres du G20 ont décidé de maintenir leurs plans de relance. Ils déclarent « Nous nous engageons aujourd'hui à poursuivre notre intervention énergique jusqu'à ce qu'une reprise durable soit assurée”.
9- La taxe Tobin : Avant le début du G20 de Pittsburgh, certains ont lancé l'idée d'étudier la mise en œuvre de la taxe Tobin. Pour mémoire, la taxe Tobin, suggérée en 1972 par le lauréat du "prix Nobel d'économie" James Tobin, consiste en une taxation des transactions monétaires internationales afin de désinciter à la spéculation. Le taux choisi serait faible, de 0,05 % à 1 %. Ses recettes, estimée de 20 à 30 milliards de dollars, permettraient de soutenir le développement économique et les pays pauvres. Gordon Brown, ainsi que le ministre des affaires étrangères français et l'Allemagne étaient favorables à une telle taxe, mais l'idée a été retirée de l'ordre du jour suite à une opposition des américains ainsi que des suédois et luxembourgeois.

Pour reprendre une formule qui a été employée par l'association altermondialiste « Attac » (sans adhérer totalement à leurs positions), les « gouvernements des pays les plus puissants considèrent que le système financier doit être remis en selle et non pas remis en cause : la foi en la capacité des marchés à s'autoréguler reste globalement intacte. Pourtant, la gravité de la crise, s'étendant de la finance à l'économie, au social et à l'écologie aurait dû servir de dernier avertissement. » Le président de cette association ajoute « La crise a montré que la stabilité financière est un bien public et donc le système doit être placé sous contrôle public ». Les prochains rendez-vous du G20 prévue au Canada en juin 2010, en Corée en novembre 2010; et en France en 2011; permettront de démontrer le niveau d'engagement des différents pays et leur capacité à rétablir l'économie mondiale et redresser la tendance. Leur échec sera certainement le signe d'une crise encore plus grave, et peut être un point de non retour.


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