Démocratie, mon doux souci! On a ressassé, en notre for intérieur, le rêve de liberté pendant de longues décennies. Et l'on a dit bienvenue au 14 janvier, le véritable jour de notre naissance. De la naissance d'une nation. On était heureux. Heureux d'avoir, à notre portée, dans l'attente d'un PIB vecteur de prospérité économique, un BIB (Bonheur intérieur brut). On pensait que nous allions vivre dans un pays de cocagne, sachant notre pays ouvert au large de la planète, aux promesses d'un savoir profondément humanisé, aux valeurs des droits de l'Homme. Cet horizon que nous entrevoyions dans nos rêves les plus fous, allait nous faire respirer la brise de la modernité. Mais pas laquelle des modernités. Une modernité authentifiée par un grand héritage culturel, civilisationnel. Mais voilà que, depuis quelques jours, les mines se renfrognaient et les sourcils se fronçaient. Les gens se répandaient en acrimonieuses observations, s'en prenant tour à tour au gouvernement, aux partis politiques, à des individualités remarquables, à l'UGTT, aux journalistes, etc. Ils s'en prennent à tout le monde, faisant joujou avec ces merveilleux cadeaux que nous a offerts le 14 janvier, à savoir la liberté de parole, de réunion, de pensée. Cadeaux qu'il aurait fallu entourer de soins et de sollicitudes et faire fructifier de la plus éclatante des manières, afin que notre pays s'enorgueillisse d'avoir proposé au monde une révolution originale.
Pourquoi cette sinistrose ambiante alors qu'on devrait faire la fête, une fête permanente? La raison c'est que l'on ne s'explique pas la tournure prise par les événements. Le pays est en train d'aller droit au mur! C'est-à-dire vers le chaos.
Les gens sensés se posent une question qui donne froid au dos de tous ceux qui se sont investis dans le rêve démocratique: sommes-nous une nation qui mérite la démocratie? Sommes-nous une nation capable de gérer l'espace liberté? Sommes-nous une nation sachant assumer la responsabilité de son destin?
Dieu merci, ce questionnement ne s'est pas encore transformé en certitude. Mais il le sera si le cours des choses ne s'adoucissait pas. Le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi a effectué un geste qui semble lui faire honneur: il a remis sa démission «pour le bien du pays». Pour que le pays ne se disloque pas en autant d'individus que compte sa population. Peut-être porte-t-il une part de responsabilité dans la mesure où il a fait preuve de tâtonnements, de tergiversations et de retard dans la prise des positions. Ce qui a mis la puce à l'oreille de tous ceux qui l'accusent d'acquointances avec des membres de l'ancien régime.
Une fois parti, son remplacement s'est fait illico presto, comme si le scénario avait été déjà établi depuis le début de la révolution. Fait qui risque de provoquer chez le peuple un sentiment de suspicion à l'égard de M. Béji Caïd-Essebsi, le nouveau Premier ministre du gouvernement provisoire. Autant dire alors que le pays n'est pas encore sorti de l'auberge. Wait and see!