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La Russie et l'approvisionnement gazier de L'UE :
Publié dans L'expert le 10 - 03 - 2009

Lorsque l'armée israélienne menait son opération meurtrière à Gaza, un nouveau conflit gazier naissait entre Moscou et Kiev. Le moment n'était pas opportun pour se focaliser sur la question. Pourtant, le dossier est assez complexe. Il dépasse de loin sa dimension bilatérale apparente. Effectivement, ce dernier conflit vient d'alimenter les craintes d'une dépendance énergétique excessive de l'Union européenne vis-à-vis d'une Russie en reconquête de son poids sur la scène internationale.

Faut-il d'abord préciser que certains préfèrent, en abordant ce sujet, parler d'une interdépendance russo-européenne, et non pas d'une dépendance du seul côté européen. Dans leur vision, la Russie dépend de l'Union européenne, son premier marché, pour écouler ses hydrocarbures tout autant que l'Europe dépend du gaz russe. En réalité, ce schéma reste plutôt théorique. La position des Russes est beaucoup plus confortable dans ce partenariat qui, à vrai dire, n'est pas tout à fait gagnant-gagnant. Mais cela n'empêche que la Russie a de quoi se faire ses propres soucis et préoccupations.

Un dilemme russe

Nul doute, le secteur très stratégique de l'énergie est fortement instrumentalisé par Moscou pour servir les objectifs de sa politique étrangère. Or, les pays de l'ex-URSS demeurent une priorité certaine de cette politique. L'énergie y est souvent utilisée comme moyen de pression afin de maintenir l'influence russe dans ce qui semble être redevenu sa périphérie vitale. Ceci confirme d'ailleurs une idée de plus en plus répandue : aujourd'hui, les aspirations de la Russie sont plutôt régionales.
Cependant, les facteurs économiques s'entremêlent étroitement aux facteurs politiques. La Russie se trouve aujourd'hui dans l'obligation de renégocier avec ces pays le prix d'une énergie qu'elle fournit, depuis l'effondrement de l'URSS, à bon marché. D'une part, la modernisation de son économie et plus particulièrement de son infrastructure industrielle passe, au moins partiellement, par le rééquilibrage de ce prix. Les industriels ne consentiront à investir pour moderniser leurs installations que lorsqu'ils y trouveront leur compte. Ces investissements, tout en améliorant la productivité de l'économie russe, permettront également des économies d'énergie. Des économies qui vont certainement générer des recettes supplémentaires à l'exportation pour les Russes. Or, à présent, les considérations politiques rendent impossible d'accroître le prix de l'énergie russe tant que les pays partenaires bénéficient de conditions préférentielles.
Cela étant, les Russes tentent depuis plusieurs années de renégocier avec leurs partenaires pour revaloriser progressivement les prix de l'énergie. C'est ainsi que Moscou a conclu en juillet dernier un accord avec la Moldavie qui fait passer le prix du gaz à 253 dollars les 1000 m3 (contre 213 précédemment). En 2008, le gaz fourni à Kiev était facturé à 179,5 dollars et les Russes souhaitent encore le porter à 250 dollars au cours de cette année. D'autres négociations sont en cours avec nombreux pays. Le prix du gaz russe devrait ainsi tendre à s'harmoniser, à plus ou moins long terme, entre tous les importateurs. Toutefois, la Russie n'applique encore à aucune ex-république soviétique son tarif européen nettement plus élevé, soit 418 dollars les 1000 m3.
La dépendance des Européens : un destin ou un choix ?

Contrairement à ce que nombreux pensent, la dépendance de l'Union européenne vis-à-vis des hydrocarbures russes est le résultat d'un choix. Autrement dit, elle n'est pas subie mais voulue. En 2000, l'Union européenne et la Russie ont lancé un dialogue énergétique dans le cadre duquel l'UE prévoyait d'augmenter significativement ses importations d'hydrocarbures russes. La dépendance actuelle est donc le fruit de cette décision communautaire. Reste que les évolutions ultérieures de la Russie (reprise en main du secteur énergétique par l'Etat, interruptions des livraisons d'hydrocarbures à l'Ukraine en 2006 et à la Biélorussie en 2007) ont conduit l'UE à s'interroger sur le partenariat avec Moscou et à tenter de diversifier ses approvisionnements. Il ne faut donc s'étonner ni de la dépendance actuelle (près de 40% du gaz et 25% du pétrole importés par l'Union européenne viennent de la Russie), ni du déficit commercial de l'UE avec Moscou (compte tenu de la flambée des prix du pétrole depuis 2000 et de l'accroissement des volumes importés de Russie).

En effet, de 1999 à 2007, le déficit cumulé de la balance commerciale de l'UE avec la Russie, selon Eurostat, a atteint 375,4 milliards d'euros. Un montant qui représente presque dix fois les flux d'Investissements directs étrangers reçus par la Russie pour l'année 2007. L'excédent commercial russe cumulé entre 1999 et 2007 avec l'UE dépasse même les réserves de la Banque centrale russe, or exclu, pour la même année 2007 (soit 317 milliards d'euros).

Une partie de ces revenus sont investis dans l'économie russe, en forte croissance jusqu'à l'été dernier. Une autre partie, plus significative, a permis d'augmenter régulièrement les ressources budgétaires allouées à la Défense. Une raison pour laquelle certains observateurs européens n'ont pas hésité à constater que l'UE arme, en quelque sorte, la Russie !

Quelles sont donc les options de l'UE face à une telle situation ? La diversification des approvisionnements, fréquemment évoquée, ne peut résoudre fondamentalement le problème. Riches en hydrocarbures, les pays riverains de la Caspienne (Kazakhstan, Azerbaïdjan et Turkménistan) peuvent paraître comme des fournisseurs potentiels de l'UE et, donc, des alternatives à Moscou. Toutefois, on oublie que la Russie est également un pays de transit pour les hydrocarbures centrasiatiques vers l'Europe. Réduire la dépendance énergétique européenne à l'égard des Russes suppose donc aussi de construire des gazoducs et oléoducs contournant le territoire de la Fédération pour acheminer l'énergie d'Asie centrale. Or, les liens privilégiés que la Russie conserve avec les pays de la région lui permettent, pour l'instant, de contrecarrer les initiatives européennes, d'autant plus que ces fournisseurs ne sont pas nécessairement plus fiables aux yeux de certains analystes européens.

Les ruptures de l'approvisionnement gazier

Puisque les importations communautaires d'hydrocarbures, notamment de gaz, constituent une bonne affaire pour le Kremlin, comment alors expliquer que la Russie ose prendre le risque d'une rupture de l'approvisionnement gazier de plusieurs Etats membres de l'UE, comme lors du dernier conflit l'opposant à Kiev ?

Ce n'est pas un secret, Moscou n'hésite pas à peser sur la situation économique et politique en Ukraine, suivant ses propres intérêts. L'éventuelle adhésion de ce pays à l'UE, et surtout à l'OTAN, déplaît, sans le moindre doute, aux dirigeants actuels de la Russie. Dans cette optique, il convient aux Russes de décrédibiliser, voire de « démonétiser », Kiev aux yeux de Bruxelles, en montrant aux Européens que l'Ukraine n'offre pas les garanties suffisantes pour le transit d'un produit stratégique à destination de l'Union. Ce qui revient à valoriser les gazoducs de contournements préconisés par Moscou, North Stream via la mer Baltique, South Stream via la mer Noire. Deux projets menés par Moscou avec succès, alors que le projet, soutenu par la Commission européenne, du gazoduc Nabucco semble mal parti. Non seulement parce que la Russie a su mettre la main sur une partie du gaz de l'Asie centrale que visait Bruxelles, mais aussi parce que la guerre du mois d'août 2008 entre la Géorgie et la Russie a rapproché les chars russes du corridor énergétique caucasien. Sans oublier que les incertitudes qui pèsent sur le sort du dossier nucléaire iranien ne permettent pas d'assurer que Nabucco puisse, à moyen terme, être valorisé par un apport complémentaire de gaz iranien.

En conséquence, nombre de pays européens ont déjà fait leur choix (North Stream dans le cas de l'Allemagne et South Stream dans le cas de l'Italie) en contradiction avec le projet soutenu par la Commission européenne. Donc, c'est surtout l'incohérence communautaire de l'Europe qui encourage Moscou à prendre le risque d'une suspension provisoire de l'approvisionnement gazier !

Le Phénomène Gazprom

Il s'agit d'un vrai phénomène. La société gazière Gazprom dispose des premières réserves de gaz de la planète et du premier réseau de gazoducs du monde (environ 158.000 km). Elle a produit 20% de la production mondiale de gaz en 2005 et assure près de 20% des recettes du budget de l'Etat russe.
Le mode de son fonctionnement s'appuie essentiellement sur la doctrine énergétique de Vladimir Poutine, élaborée dès 2003. Celle-ci considère que le rôle de la Russie sur les marchés énergétiques mondiaux détermine, dans une large mesure, son influence géopolitique. Dans cette perspective, les secteurs pétroliers et gaziers deviennent plus que jamais les instruments de la politique étrangère, et même interne, de la Fédération. Les ressources énergétiques russes deviennent aussi complémentaires aux missiles nucléaires hérités de la Guerre froide.
Gazprom est ainsi une pièce de choix de l'après-guerre froide. Selon certaines estimations, elle est devenue la troisième plus grande entreprise mondiale. Société publique à 50,1%, contrôlée par ce qu'on appelle le « clan des Pétersbourgeois » et le FSB entourant Vladimir Poutine, Gazprom est un outil précieux entre les mains du Kremlin. Son désir de maîtriser toute la chaîne de l'énergie, de l'extraction à la distribution inquiète les Européens. Ses contradictions ne sont pas moins agaçantes aux yeux de Bruxelles : grands adeptes du « marché » en Europe, les dirigeants de Gazprom semblent rejeter toute réciprocité. Autrement dit, ils refusent de laisser les Européens, et les Occidentaux en général, mettre la main sur l'extraction et le transport de leurs ressources.
En fait, certains Etats membres de l'UE, comme la Slovaquie et la Finlande, sont dépendants à 100% de Gazprom dans leur consommation totale de gaz !
Voilà une affaire qui démontre, encore une fois, les limites d'une Europe dénuée de politique étrangère commune, même en ce qui regarde les dossiers essentiellement économiques.


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