Pour la quatrième fois seulement dans l'histoire contemporaine du Maroc, la fête de l'Aïd al-Adha se déroulera, ce samedi 7 juin 2025, sans sacrifice rituel. Une décision exceptionnelle et inédite annoncée par le roi Mohammed VI en février dernier, en réponse à une conjoncture économique et environnementale particulièrement difficile. Une décision royale motivée par la crise Dans un message adressé à la nation le 26 février 2025, le souverain marocain a dispensé les citoyens du sacrifice rituel, traditionnellement au cœur des célébrations de l'Aïd. Cette mesure, bien que surprenante, s'inscrit dans une continuité historique : feu le roi Hassan II avait pris des décisions similaires en 1963, 1981 et 1996, mais toujours en raison de périodes de sécheresse. Cette fois, les raisons s'entremêlent : raréfaction de l'eau, flambée des prix, et épuisement du cheptel national. Une année de pression sociale et de tensions sur les prix Tout au long de l'année écoulée, de nombreux citoyens et économistes ont appelé à une pause symbolique face à une coutume devenue trop lourde pour les ménages, surtout urbains. La hausse des prix des moutons, conséquence directe des années de sécheresse successives, a affecté gravement la disponibilité des ovins et les prix de la viande, qui ont atteint des niveaux records. En réaction partielle, le gouvernement a autorisé l'importation de 600 000 têtes de moutons, tout en accordant des exonérations fiscales aux importateurs. Une mesure censée soulager les marchés… mais qui n'a pas produit les effets escomptés. Les prix sont restés élevés, et certains spéculateurs ont profité de la situation pour engranger des bénéfices sur le dos du consommateur. Des données révélatrices : une tradition en recul Selon une enquête nationale publiée par le Haut-Commissariat au Plan, la proportion des familles marocaines ne pratiquant pas le sacrifice est passée de 4 % en 2014 à 12 % en 2022. Ce recul est encore plus marqué en milieu urbain, où la pression économique est plus forte. L'étude révèle également que 56 % des familles interrogées déclaraient ne plus pratiquer la tradition, contre 46 % en 2014. Ce recul s'explique notamment par le coût de l'Aïd, qui représente près de 30 % des dépenses annuelles des ménages, avec une consommation moyenne de viande atteignant 140 kg par an. Un Aïd sous contrôle : interdictions, perquisitions et réactions mitigées Face à la flambée des prix — les moutons de qualité moyenne oscillant entre 3 500 et 4 500 dirhams, et les plus prisés atteignant jusqu'à 10 000 dirhams — l'Etat a adopté une approche stricte. Il a interdit l'ouverture des marchés à bestiaux, donné des consignes fermes aux bouchers, et dans certaines régions, les autorités sont même intervenues dans des foyers pour confisquer des bêtes destinées à l'abattage. Ces scènes inhabituelles ont suscité de vifs débats dans les médias et sur les réseaux sociaux, certains saluant une décision courageuse et responsable, d'autres dénonçant une atteinte aux libertés individuelles et aux traditions religieuses. Un moment de réflexion collective Dans ce contexte inédit, les familles marocaines vivent un Aïd al-Adha différent, dépourvu du rituel du sacrifice, mais porteur d'une réflexion profonde sur les priorités économiques et sociales, la capacité des foyers à supporter les traditions coûteuses, et l'avenir de pratiques cultuelles ancestrales. Entre souffrance sociale, mémoire collective et réalités économiques, le Maroc entame ce week-end une fête du sacrifice sans sacrifice, mais riche en interrogations sur l'avenir. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!