C'est une dérive qui fait froid dans le dos, et qui inquiète les défenseurs des libertés académiques. Selon une enquête publiée par le Guardian, l'université du Michigan aurait employé des agents de sécurité privés pour espionner des groupes étudiants pro-palestiniens, sur le campus et au-delà. L'affaire, révélée par les témoignages directs de plusieurs étudiants et des documents officiels, soulève une question grave : peut-on encore s'exprimer librement dans un cadre universitaire aux Etats-Unis ? D'après le journal britannique, ces agents opèrent pour le compte de City Shield, une entreprise de sécurité basée à Détroit, engagée via sa société mère « Ameri-Shield » pour un montant d'au moins 800 000 dollars entre juin 2023 et septembre 2024, selon les registres d'achat de l'université. Leur mission : suivre, enregistrer, filmer et parfois provoquer les militants étudiants, notamment ceux impliqués dans la défense des droits des Palestiniens. Cinq étudiants ont affirmé avoir été suivis, écoutés, voire menacés verbalement ou physiquement. L'un d'eux rapporte qu'un agent aurait même tenté de le renverser avec sa voiture. D'autres incidents, parfois filmés, montrent des comportements troublants : un faux handicapé accusant un étudiant de tentative de vol, ou des agents installés à proximité dans des cafés pour écouter discrètement les conversations. Parmi les cibles identifiées, Katrina Keating, membre du groupe « Students United for Freedom and Equality », affilié à la mouvance « Students for Justice in Palestine ». Elle décrit une atmosphère de paranoïa constante depuis novembre 2024 : « Ils ont dépensé des millions pour engager des brutes afin de traquer des militants étudiants. C'est à la fois absurde et profondément inquiétant », déclare-t-elle. Pire encore, certaines preuves collectées par ces agents auraient été utilisées par les autorités judiciaires pour poursuivre des étudiants, bien que la majorité des charges aient ensuite été abandonnées, précise The Guardian. Officiellement, l'université du Michigan se défend de toute discrimination ciblée. Dans un communiqué, elle affirme que les « mesures de sécurité visent à assurer un climat sûr sur le campus » et qu'aucune action n'est menée en raison des convictions ou affiliations des étudiants. Pourtant, aucune plainte n'aurait été enregistrée, et la direction n'a pas nié avoir eu recours à ces pratiques. Le recours à un service de renseignement privé dans un établissement universitaire public est jugé sans précédent par plusieurs organisations de défense des libertés. « Cela crée un effet de dissuasion inquiétant sur l'engagement civique et politique des étudiants », déclare Lindsey Rank, de l'ONG FIRE (Foundation for Individual Rights and Expression). Cette affaire dépasse le cadre local : elle alimente un débat brûlant sur la restriction croissante de la liberté d'expression dans les milieux académiques américains, notamment lorsque les opinions exprimées vont à l'encontre de certaines positions politiques dominantes. Elle fait également écho à un durcissement plus large observé depuis plusieurs années aux Etats-Unis, où le militantisme étudiant est parfois assimilé à une menace. À l'heure où les universités sont censées incarner un espace de débat, de contradiction et de pensée critique, la surveillance déguisée de militants pacifiques par des agents privés rémunérés avec des fonds publics universitaires marque une dérive inquiétante. Et ouvre une question essentielle : peut-on encore contester sans être traqué ? Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!