Deux jours après une démission spectaculaire, Zia Yusuf, figure montante de la droite radicale britannique, a annoncé ce samedi son retour à la tête du parti Reform UK. Dans une déclaration publiée sur X, l'homme d'affaires a expliqué avoir reçu une vague de soutien de ses partisans, ce qui l'a convaincu de revenir sur sa décision. « Je sais que cette mission est trop importante et que je ne peux pas laisser tomber les gens », a-t-il écrit. Jeudi, il avait justifié son départ par un « épuisement » personnel et des doutes sur l'utilité de son engagement politique, affirmant ne plus croire que « travailler à faire advenir un gouvernement Reform est un bon usage de [son] temps ». Une démission éclair après une polémique sur la burqa Zia Yusuf avait quitté son poste dans un climat tendu, deux jours après une intervention controversée de Sarah Pochin, nouvelle députée de Reform UK, qui a interrogé le Premier ministre Keir Starmer au Parlement sur une possible interdiction de la burqa au Royaume-Uni. Cette sortie a provoqué des remous internes, certains membres du parti craignant un durcissement idéologique aux dépens de l'image « modernisée » que Yusuf tentait de construire. Malgré ses critiques, Nigel Farage, fondateur historique du parti, a rapidement entamé des discussions pour convaincre Yusuf de revenir. Le compromis trouvé : la création d'une « équipe DOGE », une cellule stratégique inspirée de la « Commission pour l'efficacité gouvernementale » défendue aux Etats-Unis par Elon Musk, et portée au Royaume-Uni par l'imaginaire politique proche de Donald Trump. Une stratégie politique audacieuse et populiste Zia Yusuf a accepté de revenir à la tête de cette structure interne destinée à « défendre les contribuables » et à promouvoir l'efficacité administrative et fiscale. Ce dispositif, à la croisée de l'activisme numérique et du conservatisme économique, pourrait renforcer le socle électoral de Reform UK à l'approche des élections législatives de 2029. Devenu président du parti en juillet 2024, juste après que Reform UK a obtenu 14 % des voix et cinq sièges au Parlement, Yusuf avait été missionné pour professionnaliser l'appareil, former des candidats crédibles et structurer le message du parti autour de thèmes comme l'immigration, la sécurité, la fiscalité et la souveraineté nationale. Une percée électorale et des tensions internes persistantes Le retour de Zia Yusuf intervient alors que Reform UK caracole en tête des intentions de vote devant les travaillistes de Keir Starmer. Début mai, le parti a enregistré une victoire notable lors d'élections locales, en remportant plus de 670 sièges de conseillers et deux postes de maire, confirmant sa progression au niveau local. Mais cette montée en puissance s'est accompagnée de fractures internes, dont la suspension en mars d'un député ayant publiquement contesté la légitimité de Nigel Farage. La ligne idéologique du parti, tiraillée entre modération électoraliste et rhétorique identitaire, reste instable. Vers un populisme à visage technocratique ? Le retour de Zia Yusuf n'est pas qu'un revirement personnel, il s'inscrit dans une nouvelle phase de normalisation du populisme d'extrême droite au Royaume-Uni. En fusionnant l'efficacité entrepreneuriale, l'esthétique numérique d'Elon Musk et l'agressivité rhétorique d'un Trump, Reform UK tente de séduire un électorat en quête de disruption et de clarté. La création de l'« équipe DOGE » marque également une volonté de reformater le discours anti-système en le dotant d'un habillage technocratique. Mais derrière les mots-clés modernes, les tensions autour de la burqa ou des questions identitaires rappellent les fractures idéologiques profondes du parti. Pour les observateurs européens et notamment tunisiens, la trajectoire de Zia Yusuf illustre la capacité de l'extrême droite à se réinventer, à contourner les scandales et à capitaliser sur l'incertitude politique. Un phénomène à surveiller de près alors que les tendances populistes progressent sur le Vieux Continent à l'approche des grands rendez-vous électoraux. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!