Un climat de tension inédite secoue la diplomatie britannique. Plus de 300 fonctionnaires du Foreign Office ont exprimé leur profond désaccord avec la politique du Royaume-Uni envers Israël, notamment concernant les ventes d'armes dans le cadre de la guerre à Gaza. En réponse, les plus hauts responsables du ministère ont laissé entendre que les agents en désaccord profond pourraient envisager de démissionner, un message à peine voilé qui provoque un véritable séisme à Whitehall. Un désaccord de fond sur Gaza Dans une lettre datée du 16 mai 2025, révélée par la BBC, plus de 300 diplomates et employés de la fonction publique ont adressé une série de critiques au ministre des Affaires étrangères David Lammy, s'interrogeant notamment sur la responsabilité du Royaume-Uni dans le conflit actuel et un éventuel « tassement éthique » vis-à-vis du droit international depuis les attaques du 7 octobre 2023. La lettre s'inscrit dans une série de quatre correspondances internes envoyées depuis la fin de 2023, illustrant une fracture croissante entre les agents de terrain — au Royaume-Uni et dans les missions diplomatiques à l'étranger — et la ligne officielle du gouvernement. Dans leurs messages, les fonctionnaires dénoncent notamment : * Le nombre élevé de victimes civiles à Gaza, * Les obstacles à l'acheminement de l'aide humanitaire, * La montée de la violence des colons en Cisjordanie, * Et le mépris manifeste du droit humanitaire par Israël, devenu selon eux de plus en plus évident au fil des mois. En septembre 2024, le gouvernement de Keir Starmer, récemment arrivé au pouvoir, avait pourtant annoncé la suspension de 30 licences d'exportation d'armes à destination d'Israël, invoquant un « risque clair » d'usage illégal de ces équipements. Cette décision avait été saluée par les ONG et plusieurs diplomates, mais les signataires de la lettre de mai 2025 estiment que cela reste insuffisant au regard de l'ampleur des violations signalées sur le terrain. La réponse glaciale du sommet de la diplomatie La réponse du sommet de la hiérarchie du ministère a jeté un froid. Dans un courrier signé par Oliver Robbins et Nick Dyer, les deux plus hauts fonctionnaires du Foreign Office, les signataires sont invités à user des « voies officielles d'expression », tout en étant rappelés à leur devoir d'alignement avec les politiques gouvernementales. « En dernier recours, vous avez toujours la possibilité de démissionner », indique sobrement la lettre, confirmée par la BBC. Un message interprété comme une mise en garde sévère, voire comme un ultimatum, dans une administration où la tradition veut que les désaccords restent confidentiels. Le ton adopté a choqué en interne, selon plusieurs sources citées par les médias britanniques. Un contexte international tendu Cette controverse interne intervient alors que les critiques internationales contre Israël s'intensifient. Des experts de l'ONU, des ONG de défense des droits humains et plusieurs Etats accusent de plus en plus ouvertement Israël de possibles crimes de guerre, voire d'actes assimilables à un génocide, des accusations que le gouvernement israélien rejette catégoriquement. Le ministère britannique des Affaires étrangères a réaffirmé sa position par la voix d'un porte-parole, assurant que « le gouvernement applique strictement le droit international depuis le début du conflit ». L'affaire met en lumière une question fondamentale rarement abordée publiquement : jusqu'où un agent de l'Etat peut-il aller dans la critique de la politique qu'il est censé exécuter ? Si la neutralité de la fonction publique est un pilier de la gouvernance britannique, la situation actuelle illustre les limites de ce principe face à des choix politiques moralement controversés. Plus encore, cette crise rappelle une réalité universelle dans la relation entre la morale et le pouvoir : dans un bras de fer frontal entre conscience individuelle et décision politique, c'est presque toujours le pouvoir qui l'emporte. L'histoire diplomatique britannique vient d'en offrir une démonstration troublante. Quoi que, il y aura certainement une suite … Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!