Alors que les frappes israélo-américaines contre les installations nucléaires iraniennes et les ripostes balistiques de Téhéran secouent le Moyen-Orient, un discours parallèle — et profondément religieux — émerge avec force au sein des cercles évangéliques des Etats-Unis. Pour les partisans du christianisme sioniste, cette guerre n'est pas simplement une affaire de stratégie militaire ou de politique nucléaire : elle est l'accomplissement d'une prophétie biblique attendue depuis des siècles. D'ailleurs, le fait que Donald Trump ait survécu à une tentative d'assassinat par balle durant sa campagne électorale est, pour ses partisans évangéliques, le signe évident d'une intervention divine visant à le protéger afin qu'il accomplisse la mission spirituelle qui lui aurait été confiée. Selon cette mouvance influente, la création d'Israël en 1948 aurait marqué le début d'un processus eschatologique menant au retour du Christ. Dans cette optique, le conflit avec l'Iran – perçue comme la « Perse » biblique – incarne une étape nécessaire de cette fin des temps. Début de la fin des temps, Apocalypse, retour de Jésus-Christ Dans certaines branches du christianisme évangélique, notamment chez les chrétiens sionistes américains, il existe une lecture prophétique du conflit entre Israël et l'Iran, fondée sur des passages de la Bible. Dans cette vision, l'Iran est identifié à la Perse mentionnée dans l'Ancien Testament, en particulier dans le livre d'Ezéchiel. Ce texte prophétise une coalition de nations, dont la Perse, qui attaqueront Israël dans les « derniers jours ». Selon cette croyance, cette guerre annoncée marquera le début de la fin des temps, une étape censée précéder le retour de Jésus-Christ. Le rétablissement d'Israël en 1948 est vu comme le point de départ de ces événements, et les tensions actuelles avec l'Iran sont perçues comme des signes concrets de l'approche de l'Apocalypse. Dans ce cadre, des figures politiques comme Donald Trump sont présentées comme des instruments divins. Certains évangéliques estiment que son soutien inconditionnel à Israël et sa confrontation avec l'Iran répondent à une mission divine. Sa survie à une tentative d'assassinat renforce, pour eux, l'idée que Dieu le protège pour qu'il mène à bien cette mission prophétique. Ainsi, pour ces croyants, le conflit Israël-Iran n'est pas seulement géopolitique : c'est une guerre spirituelle et une étape dans l'accomplissement d'un destin biblique. Trump, un président « mandaté par Dieu » ? L'ancien président américain Donald Trump est au centre de cette narration religieuse. Pour ses partisans évangéliques, Trump aurait reçu un « décret divin » pour agir contre l'Iran et soutenir Israël dans sa guerre contre ce qu'ils considèrent comme les « ennemis prophétiques ». Son ancien ambassadeur en Israël, Mike Huckabee, a affirmé cette semaine que l'intervention militaire américaine actuelle répondrait à un appel de Dieu. L'historienne américaine Tristan Storm note dans un article que ces croyances sont loin d'être marginales. Au contraire, elles sont profondément enracinées dans la sphère politique américaine, jusqu'au sein de la Maison-Blanche, avec des figures comme Mike Pence, Mike Pompeo ou encore le ministre de la Défense Pete Hegseth. Une guerre spirituelle pour l'apocalypse Des médias et figures évangéliques comme Greg Laurie, pasteur des Eglises Harvest, considèrent que les hostilités actuelles font écho à la prophétie du prophète Ezéchiel sur une guerre impliquant « Magog » et « la Perse » (Iran) contre Israël. L'objectif final ? L'arrivée du Messie, la conversion des juifs et l'effondrement du mal, symbolisé par l'Iran. Mais ces croyances ne s'arrêtent pas à des textes religieux. Elles se traduisent par un soutien financier massif aux colonies israéliennes, une justification morale de l'expansion territoriale, et même une tolérance face aux violations du droit international. L'Iran aussi mobilise son messianisme Côté iranien, le chiisme duodécimain nourrit lui aussi une attente apocalyptique : celle de la réapparition de l'Imam Mahdi, le sauveur occulté qui reviendra « pour établir la justice et vaincre les oppresseurs ». Cette croyance irrigue le discours politique iranien depuis la Révolution islamique de 1979, et elle s'active chaque fois que le pays est confronté à des menaces existentielles. Une guerre théologique aux enjeux réels Des publications chrétiennes comme Tribune Chrétienne en France affirment que le conflit actuel est une réalisation « littérale » des Ecritures. Les versets d'Ezéchiel et de Jérémie sont mobilisés pour justifier l'idée que Dieu « brisera l'armée d'Elam » (ancien nom de l'Iran) et établira son trône à Téhéran. Certains vont jusqu'à affirmer que l'Iran se convertira au christianisme et deviendra un pays missionnaire après la guerre. Ce discours, autrefois marginal, s'infiltre aujourd'hui dans les décisions géopolitiques, transformant un conflit territorial et nucléaire en guerre spirituelle mondiale. Pourtant, plusieurs penseurs chrétiens, comme Russell Moore (rédacteur en chef de Christianity Today), appellent à la prudence. Selon lui, l'histoire récente est jalonnée de prédictions apocalyptiques qui ne se sont jamais réalisées : de la chute du communisme à la guerre du Golfe, en passant par l'invasion de l'Irak, toutes présentées comme des étapes de la fin des temps. Mais aucune ne s'est concrétisée. Risque Géopolitique majeur L'instrumentalisation des textes religieux pour justifier ou accélérer une guerre entre nations modernes représente un risque géopolitique majeur. Plusieurs éléments doivent alerter : 1. La porosité entre croyances et décisions politiques : Lorsque des décideurs considèrent leur action comme dictée par une prophétie, cela supprime tout espace pour la négociation ou le compromis. 2. La perte de contrôle rationnel sur les objectifs militaires : Si une guerre devient sacrée, la proportionnalité, le droit humanitaire et les résolutions diplomatiques ne sont plus des leviers valides. 3. La menace d'un élargissement incontrôlé : En exacerbant les identités religieuses, ce type de conflit peut embraser d'autres régions sensibles — du Liban au Yémen, en passant par l'Irak. 4. Le brouillage de la politique étrangère américaine : Si l'agenda évangélique prend le pas sur les intérêts nationaux, les institutions comme le Congrès ou le Département d'Etat risquent d'être marginalisées. 5. Une radicalisation croissante des deux camps : Le messianisme, qu'il soit chiite ou évangélique, rend tout recul ou cessez-le-feu difficile. Dans une guerre où chaque camp se pense mandaté par Dieu, la paix devient hérésie. Ce qui se joue aujourd'hui entre Israël, l'Iran et les Etats-Unis dépasse de loin le cadre militaire ou diplomatique. Il s'agit d'un affrontement de récits prophétiques, chacun prétendant incarner le plan divin. Dans ce contexte, les risques d'escalade incontrôlable sont considérables, et les appels à la modération risquent de rester sans effet si les armes sont guidées non par la stratégie, mais par la foi. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!