Alors que les Etats-Unis se sont hissés parmi les principaux exportateurs mondiaux de gaz de schiste liquéfié (LNG), la Chine continue de restreindre l'accès à son marché, en dépit d'une levée partielle des surtaxes sur certains produits comme l'éthane. Selon les dernières données disponibles, aucune cargaison de gaz naturel liquéfié américain n'a été réceptionnée par Pékin depuis plus de 40 jours — une pause inédite depuis près de deux ans. Cette décision intervient malgré une baisse mondiale des prix du gaz, qui aurait pu rendre les livraisons américaines plus attractives. La Chine semble ainsi choisir le blocage stratégique, à la faveur de ses propres intérêts énergétiques et géopolitiques. Un accès filtré : le cas de l'éthane américain En mai 2025, Pékin a bien levé la surtaxe de 125 % sur les importations d'éthane en provenance des Etats-Unis — un signe interprété par certains comme une détente partielle. Mais dans la pratique, la Chine a immédiatement instauré un système de licences d'importation, complexifiant les procédures douanières. Résultat : plusieurs navires transportant de l'éthane américain, comme le Ethane Emerald, ont été détournés vers d'autres pays comme l'Inde, faute d'autorisation d'accostage en Chine. Les causes du refus chinois 1. Barrières non tarifaires : Pékin ne mise plus uniquement sur les droits de douane. Il privilégie désormais des mesures administratives plus subtiles — comme les licences, les quotas, ou les inspections techniques — pour restreindre certaines importations, en particulier en provenance des Etats-Unis. 2. Sécurité énergétique nationale : La Chine diversifie ses sources d'approvisionnement, favorisant les contrats de long terme avec la Russie (via pipeline) ou le Qatar, tout en développant sa propre filière de gaz de schiste, notamment dans les provinces de Chongqing (Fuling) et du Sichuan. 3. Préférence nationale : Les importations d'hydrocarbures sont régulées par des quotas précis, distribués en priorité à des fournisseurs alliés ou stratégiques. Les entreprises publiques chinoises (comme Sinopec ou CNPC) sont incitées à réduire leur dépendance aux Etats-Unis dans un contexte de guerre commerciale prolongée. Chiffres clés à retenir * 40 jours sans importation de LNG américain en Chine (mars-juin 2025) * 125 % de surtaxe sur l'éthane US levée, mais remplacée par des licences obligatoires * En 2023, les Etats-Unis avaient exporté plus de 11,6 milliards de m3 de gaz liquéfié vers l'Asie, dont seulement 9 % vers la Chine * La Chine consomme environ 370 milliards de m3 de gaz naturel par an, dont près de 40 % sont importés Une stratégie à double fond Le refus chinois d'ouvrir complètement ses frontières au gaz de schiste américain s'inscrit dans une logique plus large d'indépendance stratégique. En contrôlant strictement ses importations énergétiques, Pékin : * réduit son exposition géopolitique en cas de nouvelles sanctions, * favorise ses alliés énergétiques (notamment la Russie), * et protège son marché intérieur, notamment dans un contexte de surcapacité industrielle et de ralentissement économique. Analyse stratégique Pour les Etats-Unis, cette fermeture relative représente une perte économique significative sur un marché pourtant vital : la Chine est le premier importateur mondial de gaz naturel. L'absence de débouchés chinois oblige Washington à rediriger ses cargaisons vers l'Inde, l'Europe ou l'Amérique latine, au prix parfois de pertes logistiques. Du côté de la Chine, cette posture conforte sa souveraineté énergétique, tout en envoyant un signal politique fort. L'énergie devient un levier dans la compétition globale avec les Etats-Unis. Mais à long terme, cette stratégie pourrait renchérir le coût de ses approvisionnements, notamment si les tensions géopolitiques s'étendent à d'autres fournisseurs. En somme, Pékin n'a pas complètement fermé ses portes... mais les garde sous contrôle étroit. L'énergie est désormais une arme de négociation, autant qu'un besoin vital. Et tant que les lignes de la guerre commerciale ne bougent pas, les vannes du gaz resteront politiquement verrouillées. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!