Afef Abbassi Chercheuse en éducation L'intelligence artificielle (IA) s'impose aujourd'hui comme un levier stratégique de transformation des systèmes éducatifs à l'échelle mondiale. En Tunisie, la réflexion autour des technologies éducatives a été amorcée dès les années 1980. Aujourd'hui, le pays entre dans une nouvelle phase, celle de l'intégration de l'IA dans les pratiques pédagogiques. Une enquête nationale a été menée auprès de plus de 300 enseignants du primaire afin de mieux comprendre leurs perceptions, leurs usages et les défis auxquels ils font face. Cette étude, s'inscrivant dans la dynamique des objectifs de développement durable (ODD4), met en lumière les conditions nécessaires à une intégration équitable et éthique de l'IA dans le système éducatif tunisien. L'étude repose sur une approche quantitative à travers un questionnaire structuré diffusé dans plusieurs régions, notamment en milieu semi-urbain et rural. Le cadre théorique s'articule autour de quatre axes : la théorie socioconstructiviste, les compétences numériques, les représentations sociales et les modèles d'adoption technologique. Les réponses obtenues permettent de dresser un tableau représentatif des réalités de terrain et des attentes du corps enseignant vis-à-vis des outils d'intelligence artificielle. Les résultats révèlent que 38 % des enseignants affirment avoir une connaissance moyenne à bonne de l'IA, tandis que seuls 17 % déclarent avoir déjà utilisé une application éducative alimentée par l'IA. De manière révélatrice, 44 % des répondants ne savent pas s'ils ont eu recours à de tels outils. Par ailleurs, 78 % n'ont jamais bénéficié d'une formation en lien avec l'IA. Les enseignants exerçant en milieu rural indiquent des difficultés accrues, notamment liées à un accès insuffisant à Internet et à l'absence d'équipements informatiques. Cette situation met en évidence un besoin urgent de soutien structurel et pédagogique. Les enseignants expriment également une demande forte de formation continue et d'un encadrement éthique garantissant un usage responsable de l'IA, respectueux des droits des apprenants. « L'enseignant ne peut être simple utilisateur d'algorithmes : il doit en comprendre les logiques pour guider ses élèves avec éthique et discernement. » Pour répondre à ces constats, plusieurs leviers d'action peuvent être envisagés. Il est essentiel de mettre en place des formations initiales et continues centrées sur l'IA dans les écoles normales et les centres pédagogiques. Par ailleurs, les établissements situés en zones défavorisées doivent être prioritaires en matière d'équipement numérique. Une structure nationale dédiée à l'éthique de l'IA en éducation pourrait également accompagner les enseignants et les décideurs. Enfin, impliquer activement les enseignants dans l'élaboration des politiques liées aux technologies éducatives renforcerait la pertinence des réformes entreprises. L'IA ne peut transformer positivement l'école tunisienne que si elle repose sur une approche inclusive, humaine et contextualisée. Donner la parole aux enseignants, répondre à leurs besoins et les former de manière adéquate est un préalable indispensable. La coopération entre les acteurs publics, les institutions internationales et les professionnels de terrain représente la clé d'une éducation équitable et tournée vers l'avenir. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!