Le débat sur l'immigration irrégulière secoue à nouveau l'Europe, alimenté par les déclarations récentes du ministre portugais de la Présidence, António Leitão Amaro, qui a critiqué le bilan migratoire du précédent gouvernement socialiste. S'appuyant sur les chiffres fournis par Eurostat, il a affirmé que le Portugal fait partie des pays qui renvoient le moins d'immigrés en situation irrégulière. Une affirmation qui, à la lumière des données officielles, se vérifie pleinement. Des écarts considérables entre les Etats membres Selon les dernières données disponibles d'Eurostat (3e trimestre 2024), la France figure en tête des renvois d'immigrants irréguliers, avec près de 4 000 personnes expulsées durant cette période. Elle est suivie par l'Allemagne et l'Espagne, avec un peu plus de 3 000 renvois chacune. À l'opposé, les pays les moins actifs en matière d'expulsions sont : * Slovaquie : 55 expulsions * Slovénie : 80 expulsions * Portugal : 85 expulsions Ce déséquilibre n'est pas un cas isolé. D'après les chiffres du 1er trimestre 2025, la France, l'Allemagne et Chypre ont encore dominé les statistiques de renvoi, tandis que le Luxembourg, la Slovénie et la Slovaquie ont clôturé le classement avec les taux les plus faibles. Le Portugal, bien que non encore répertorié pour ce trimestre, figure régulièrement parmi les derniers depuis 2022, aussi bien en matière de renvois effectifs que d'ordres de quitter le territoire. Des ordres de départ massifs, mais peu exécutés Les chiffres sur les ordres de quitter le territoire sont encore plus révélateurs. Pour le 3e trimestre 2024 : * La France a délivré 30 800 ordres à des ressortissants de pays tiers. * L'Allemagne et l'Espagne en ont émis plus de 13 600 chacune. * À l'autre extrémité, la Slovaquie n'en a émis que 80, suivie du Portugal (120) et de l'Estonie (135). Mais tous ces ordres ne se traduisent pas par des expulsions. À l'échelle européenne, seuls 28 475 migrants ont effectivement été renvoyés vers un pays tiers au 1er trimestre 2025, pour 123 905 ordres délivrés. Cela représente un taux d'exécution de 23 %. Une dynamique européenne de durcissement Les chiffres publiés lundi par Eurostat montrent une hausse notable de la pression migratoire et des réponses administratives associées : * Le nombre de citoyens non-européens ayant reçu un ordre de quitter l'UE a augmenté de 18,4 % par rapport au 1er trimestre 2024. * Le nombre de renvois effectifs a progressé de 6,4 % sur la même période. Ces données confirment une tendance à la fermeté croissante des politiques migratoires européennes, dans un contexte marqué par des tensions politiques internes, une montée des partis anti-immigration dans plusieurs pays, et une volonté affichée de contrôler plus strictement les flux migratoires aux frontières extérieures de l'Union. Analyse : entre efficacité, souveraineté et réalité de terrain 1. Des divergences structurelles au sein de l'UE Le fossé entre les pays comme la France, l'Allemagne ou l'Espagne, qui prennent des mesures d'éloignement en masse, et ceux comme le Portugal ou la Slovaquie, aux chiffres bien plus modestes, reflète des différences de politiques migratoires, de capacités logistiques et de volonté politique. 2. Une efficacité globale à relativiser Bien que certains pays délivrent des milliers d'ordres de quitter le territoire, moins d'un quart sont effectivement exécutés, ce qui soulève la question de l'efficacité réelle des dispositifs d'éloignement. La coopération avec les pays d'origine, la saturation des centres de rétention, et les procédures d'appel limitent l'exécution rapide. 3. Une pression croissante sur les gouvernements européens À l'approche de plusieurs élections nationales et européennes, les gouvernements sont sommés de montrer des résultats en matière de contrôle migratoire. Cela entraîne une intensification des mesures administratives et un discours politique plus ferme, parfois déconnecté des capacités opérationnelles. 4. Le cas portugais : entre critique politique et capacité limitée Les critiques du ministre portugais s'inscrivent dans un contexte de basculement politique à droite, mais masquent aussi des limites administratives et juridiques objectives. Le Portugal, historiquement plus accueillant, dispose d'un appareil répressif migratoire moins structuré que les grandes puissances européennes. 5. Vers une harmonisation européenne ? Ces disparités récurrentes relancent la question d'un mécanisme européen de retour commun et de solidarité interétatique, mais les divisions politiques et les souverainetés nationales entravent toujours une approche unifiée de l'immigration irrégulière. Ainsi, alors que l'Union européenne affiche des chiffres en hausse sur les expulsions de migrants irréguliers, les écarts d'efficacité entre Etats membres restent flagrants. La France domine les renvois, tandis que des pays comme le Portugal, la Slovénie ou la Slovaquie restent à la traîne. Cette réalité met en lumière la complexité d'une gestion commune de l'immigration en Europe, à l'heure où le sujet s'impose comme l'un des plus sensibles sur la scène politique continentale. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!