Dans un jugement qui résonne bien au-delà de la Côte d'Azur, la justice administrative française a ordonné jeudi dernier à la mairie de Nice de retirer les drapeaux israéliens affichés depuis octobre 2023 sur la façade de l'Hôtel de Ville. Une décision à forte portée symbolique, accueillie comme une victoire par les défenseurs de la cause palestinienne et qui soulève des interrogations sur la neutralité des institutions publiques en période de tensions internationales. Une bannière contestée depuis des mois Le maire de Nice, Christian Estrosi, avait fait hisser les drapeaux israéliens à l'entrée de la mairie à la suite de l'attaque du 7 octobre 2023. Ces étendards, restés visibles durant plusieurs mois malgré les protestations, étaient censés marquer un soutien « aux otages israéliens », selon les termes de la municipalité. Mais pour de nombreux habitants et associations locales, ces drapeaux représentaient un acte politique inacceptable sur un bâtiment public. « Cela violait le principe de neutralité des institutions », explique Me Mireille Damiano, avocate niçoise engagée, qui a formellement saisi la justice au nom de plusieurs contribuables de la ville. Un long combat juridique Face au silence de la mairie après plusieurs avertissements formels, la justice a été saisie au printemps. Dans sa requête, Me Damiano évoque deux arguments principaux : l'atteinte au principe de neutralité du service public et la nécessité de respecter le droit d'expression des citoyens, notamment en pleine crise humanitaire à Gaza. La décision rendue la semaine dernière par le tribunal administratif de Nice a confirmé ces arguments, en rappelant que l'affichage permanent d'un drapeau étranger, dans un contexte aussi sensible, s'apparente à une prise de position politique — ce qui est contraire aux obligations de neutralité imposées aux collectivités publiques. Une décision appliquée... à contre-cœur Bien que jugeant la décision « injuste », Christian Estrosi s'est résigné à la faire appliquer dès le lendemain. « Je suis un républicain, je respecte les lois de mon pays », a-t-il déclaré sur la chaîne X (ex-Twitter), non sans dénoncer une « victoire de La France Insoumise » et des « pro-palestiniens extrémistes ». À la place des drapeaux, la mairie a installé des affiches de soutien aux otages israéliens, mais aussi à deux ressortissants français détenus en Iran, et à l'écrivain Boualem Sansal. Une manière pour Estrosi de continuer à exprimer ses positions sans enfreindre, cette fois, le cadre juridique. Une jurisprudence qui fera date ? L'affaire rappelle d'autres cas en France où des municipalités ont été contraintes de retirer des drapeaux palestiniens sous ordre préfectoral. Dans son jugement, le tribunal de Nice a tenu compte de ces précédents pour affirmer qu'aucun drapeau étranger ne doit être affiché durablement sur un bâtiment public sans délibération du conseil municipal. L'avocate Mireille Damiano a salué un « précédent important », soulignant que « le droit a triomphé de la posture politique », tandis que Hajar Barkous, présidente de l'association Les Amis de la Palestine, a parlé d'un « véritable moment de justice ». Et maintenant ? Malgré cette décision, les mobilisations en soutien à la Palestine ne faiblissent pas à Nice. Depuis plusieurs mois, des rassemblements sont organisés chaque semaine devant la mairie, qu'ils soient autorisés ou non. Le jugement récent semble avoir renforcé la détermination des militants. La question désormais est de savoir si d'autres villes françaises suivront cet exemple. Car derrière cette décision locale, c'est une réflexion plus large qui s'impose sur la place que peuvent – ou non – occuper les symboles internationaux dans l'espace public français. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!