Le Liban aborde la saison estivale avec un mélange d'espoir prudent et de profondes inquiétudes. Alors que les prémices de l'été laissaient entrevoir un regain prometteur du tourisme grâce à la forte affluence attendue des expatriés et visiteurs arabes, l'escalade militaire dans la région est venue assombrir ces perspectives. Le 5 juin dernier, neuf frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth, suivies de l'éclatement d'un conflit régional entre Israël et l'Iran, ont eu un effet immédiat sur le secteur touristique : annulations massives de réservations, suspension de vols et chute des arrivées. Une reprise fragile Selon Khaled Nezzé, vice-président du syndicat des restaurateurs au Liban, les signaux avant l'Aïd laissaient présager un été exceptionnel, notamment grâce aux Emiratis et à d'autres ressortissants du Golfe. Mais les frappes israéliennes et les tensions régionales ont radicalement inversé la tendance. Si les compagnies aériennes reprennent progressivement leur activité, la relance reste timide et incertaine. Le secteur de la restauration, qui employait jusqu'à 150 000 personnes avant 2019, n'en mobilise aujourd'hui qu'entre 40 000 et 50 000, principalement des étudiants. Malgré l'absence de soutien étatique, les établissements continuent à fonctionner « du lard au maigre », souligne Nezzé, saluant l'ouverture de nouveaux projets de type rooftops et restaurants en montagne. Des investissements freinés par l'insécurité Pierre Achkar, président du syndicat des hôteliers, partage un constat plus préoccupant. Le taux de réservations hôtelières a reculé de 20 à 30%, les touristes arabes et étrangers hésitant à venir dans un contexte d'escalade quotidienne des tensions. Il insiste sur deux freins majeurs pour les expatriés libanais : l'annulation de nombreux vols et l'augmentation drastique du prix des billets, devenus inabordables pour certains. Malgré l'accalmie temporaire entre l'Iran et Israël, le climat anxiogène perdure, dissuadant les voyageurs de maintenir leurs séjours. Le président du syndicat des agences de voyage, Jean Abboud, a quant à lui évoqué une chute de 60 % des vols entrants, soulignant le coup dur encaissé par les opérateurs touristiques. Côté départs, entre 30 et 40 % des voyages prévus pour juillet et août ont été annulés, avec des perspectives de dégradation supplémentaire dans les prochaines semaines. Analyse La fragilité du secteur touristique libanais reflète l'extrême vulnérabilité d'un pays où la stabilité sécuritaire détermine directement les performances économiques. L'été 2025 illustre une nouvelle fois que les promesses d'un rebond économique peuvent être balayées en quelques heures par un regain de tension géopolitique. Trois leviers doivent être envisagés pour redresser durablement le secteur : 1. Dissocier la promotion touristique de la conjoncture politique, en misant sur les niches comme le tourisme médical, éducatif, religieux ou de mariage, moins sensibles aux variations sécuritaires à court terme. 2. Développer une stratégie de tourisme intérieur : face aux difficultés d'accès pour les étrangers, renforcer les offres locales permettrait de compenser partiellement la baisse des devises étrangères. 3. Collaborer avec des compagnies aériennes et agences internationales pour garantir des conditions flexibles d'annulation et des réductions sur les tarifs aériens, aujourd'hui dissuasifs. Le Liban, riche de ses paysages, de sa gastronomie et de son patrimoine, demeure une destination unique au Moyen-Orient. Mais sans un environnement sécuritaire stable et une politique économique proactive, le pays restera à la merci des soubresauts régionaux. L'espoir d'un redémarrage du tourisme ne pourra devenir réalité que si des solutions structurelles accompagnent les dynamiques de court terme. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!