Dans une atmosphère solennelle et symbolique, la présidence syrienne a levé le voile jeudi soir sur la nouvelle identité visuelle officielle de la République arabe syrienne. Le changement, porté par un nouveau logo d'Etat, marque un tournant institutionnel assumé, accompagné de festivités à travers le pays et d'un discours présidentiel centré sur la souveraineté et l'unité nationale. Le président syrien Ahmed Charâ a déclaré à cette occasion que la Syrie est une nation « qui ne tolère ni partition ni fragmentation », soulignant que ce nouveau symbole est le reflet d'une « Syrie une et indivisible », en écho aux lignes directrices du régime actuel. Au cœur de cette nouvelle identité graphique figure un aigle doré, remplaçant l'ancien emblème de l'Etat : le traditionnel faucon ou l'aigle de Qureich. Selon un communiqué du ministère de l'Information, l'aigle arbore trois étoiles au-dessus de sa tête, symbolisant la libération du peuple syrien. Plus encore, la queue de l'aigle se compose désormais de cinq plumes, chacune représentant une grande région syrienne : le nord, l'est, l'ouest, le sud et le centre. L'animal emblématique s'élève avec quatorze plumes d'envol, correspondant aux quatorze gouvernorats de Syrie et aux quatorze années écoulées depuis le début du soulèvement en 2011, présenté dans ce cadre comme une « révolution nationale ». Une transition administrative majeure Cette refonte de l'identité visuelle ne se limitera pas au symbole. Elle s'accompagnera dans les prochains mois de changements concrets dans les documents officiels : cartes d'identité nationales, passeports, documents d'état civil... tous seront progressivement adaptés à la nouvelle charte visuelle de l'Etat syrien. Au cours de son allocution au Palais du Peuple à Damas, Ahmed Charâ a insisté sur la dimension identitaire du nouveau logo : « C'est une identité enracinée dans notre force et notre détermination, à l'image de cet oiseau de proie, le puissant aigle doré, porteur de courage, de précision et d'innovation ». Une diplomatie en mutation Le ministre des Affaires étrangères, Assad al-Cheibani, a profité de l'événement pour dresser un bilan de la politique étrangère syrienne depuis plusieurs mois. Il a affirmé que la diplomatie syrienne refusait désormais de « s'accommoder d'une réalité héritée et affaiblie ». Selon lui, « la Syrie œuvre à restaurer sa place sur la scène internationale », une ambition concrétisée, selon ses termes, par un retour progressif de Damas dans plusieurs enceintes diplomatiques régionales et internationales. Célébrations nationales En parallèle du lancement officiel à Damas, des festivités ont été organisées dans les principales places publiques du pays, notamment à la place des Omeyyades, au monument du Soldat inconnu et dans les environs de la Foire internationale de Damas. Dans la banlieue, la place des Expositions de Rif Damas a également accueilli des manifestations populaires aux couleurs du nouveau symbole de l'Etat. Ainsi, ce changement de logo et d'identité visuelle dépasse le simple cadre symbolique. Il s'inscrit dans une tentative de redéfinition narrative de l'Etat syrien, à un moment charnière où le régime de Damas cherche à consolider son autorité sur l'ensemble du territoire et à restaurer une forme de normalité institutionnelle. Le choix du rapace doré, évoquant puissance, unité territoriale et domination, traduit une volonté d'envoyer un message aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur : la Syrie aspire à se présenter de nouveau comme une entité souveraine, centralisée, et résolument tournée vers la reconstruction — dans tous les sens du terme. Dans un contexte encore marqué par les séquelles du conflit, l'isolement diplomatique partiel et les défis économiques, ce repositionnement visuel cherche à incarner une Syrie qui regarde vers l'avenir tout en revendiquant la maîtrise de son récit historique et territorial. Mais pour que cette ambition graphique se traduise en réalité concrète, elle devra être suivie de réformes institutionnelles crédibles et d'un apaisement durable sur le terrain. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!