Invité ce lundi 7 juillet 2025 sur les ondes d'Express FM, dans l'émission Midi Express animée par Myriam Belkadhi, l'économiste Moez Joudi a livré une analyse sans concession de la situation actuelle de Tunisair, soulignant une crise profonde, structurelle et mal diagnostiquée. Un limogeage symbolique mais sans impact opérationnel En réaction à la récente décision de limoger Habib Mekki, Moez Joudi a tenu à clarifier un point essentiel : ce dernier occupait le poste de président du Conseil d'administration et non celui de président-directeur général (PDG). Autrement dit, il n'avait pas la main sur la gestion opérationnelle quotidienne de la compagnie. « Le Conseil n'est pas responsable des retards de vols ou des défaillances du service. Ce sont des problèmes de gestion courante », a affirmé Joudi, estimant que le renvoi du président du Conseil ne résout en rien les véritables maux de la compagnie. Pour l'économiste, Tunisair traverse l'une des pires crises de son histoire. Autrefois fleuron du transport aérien régional, la compagnie cumule aujourd'hui retards, déficits, et perte de réputation, selon lui, en raison d'une gouvernance défaillante, de choix stratégiques mal orientés et d'une présence étatique devenue contre-productive. Il a rappelé que les états financiers n'ont pas été publiés depuis 2020, en violation des obligations légales, et que les pertes liées à la crise du Covid-19 ont aggravé une situation financière déjà fragilisée. L'Etat sommé de revoir son rôle dans les entreprises publiques Moez Joudi a pointé une confusion des rôles persistante au sein des entreprises publiques, dénonçant la nomination de profils inadéquats, parfois purement administratifs, à la tête d'entités opérant dans des secteurs techniques et concurrentiels. « Ce n'est pas le rôle de l'Etat de diriger une compagnie aérienne dans un environnement hautement concurrentiel », a-t-il martelé, appelant à des décisions claires et courageuses, loin des approches superficielles ou temporaires. Interrogé sur une éventuelle privatisation de la compagnie, Joudi a été ferme : « La privatisation ne doit pas être une finalité en soi, surtout dans l'état actuel de l'entreprise. Aucune entité ne souhaite acquérir une société au bord de la faillite. » Il a toutefois évoqué plusieurs scénarios réalistes, dont l'introduction d'un partenaire stratégique – capable d'apporter capital, expertise et compétences sectorielles – ou, en dernier recours, la déclaration de faillite, suivie de la création d'une nouvelle compagnie nationale sur les cendres de Tunisair, à l'image de ce qui a été fait en Italie (ITA Airways), Belgique (Brussels Airlines) ou encore Suisse (Swiss). Un appel au courage politique L'économiste conclut sur un message clair : « Sauver Tunisair exige une stratégie de redressement complète, des choix structurels profonds et un engagement politique fort. On ne peut plus se contenter de réagir à la surface. » Ainsi, l'intervention de Moez Joudi met en lumière une réalité désormais difficile à éluder : Tunisair est au bord de l'effondrement, et l'Etat tunisien ne peut plus se permettre de repousser les réformes nécessaires. Alors que la compagnie symbolise encore un pan de l'histoire nationale, elle pourrait bien disparaître si aucune décision courageuse n'est prise dans les prochains mois. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!