L'Union européenne poursuit sa lutte contre la déforestation importée, mais la mise en œuvre de sa nouvelle législation suscite de vives réactions au sein même du bloc. Dix-huit Etats membres appellent aujourd'hui à alléger les procédures et à repousser l'application du texte, pointant du doigt des exigences jugées trop lourdes pour de nombreux acteurs économiques. Une loi écologique Adoptée en 2023, la loi européenne sur la déforestation vise à interdire l'importation de produits agricoles et de matières premières issus de terres déboisées, tels que le cacao, le café, le soja, l'huile de palme, le bois ou encore la viande. Cette mesure, saluée pour son ambition environnementale, devait initialement entrer en vigueur fin 2024. Toutefois, face aux inquiétudes exprimées par plusieurs pays et filières, la Commission européenne a déjà accordé un report d'un an, repoussant l'application effective à la fin de l'année 2025. Dix-huit pays membres demandent une simplification Dans une lettre adressée à la Commission européenne, dix-huit pays membres demandent une simplification des procédures et un nouveau report de la date d'application. Selon eux, le règlement impose des contraintes administratives disproportionnées, notamment à des Etats où le risque de déforestation est faible. Ils plaident pour une approche différenciée, tenant compte des spécificités nationales et du niveau de risque, et suggèrent de privilégier une adaptation au cas par cas plutôt qu'une application uniforme sur tout le territoire européen. Un équilibre délicat La législation européenne impose aux importateurs de prouver que leurs produits ne proviennent pas de zones déboisées après 2020, en s'appuyant sur des données de géolocalisation et des preuves documentaires. Cette traçabilité accrue, si elle répond à une exigence de transparence, soulève des inquiétudes sur les coûts et la faisabilité pour les entreprises, en particulier les plus petites. Les milieux agricoles et forestiers redoutent une hausse des prix et une complexification des chaînes d'approvisionnement, tandis que certains Etats membres mettent en avant la nécessité de préserver la compétitivité européenne sur les marchés mondiaux. Une pression croissante La Commission européenne se retrouve désormais face à une pression croissante pour ajuster le calendrier et les modalités d'application de la loi. Si elle a déjà consenti à un premier report, elle reste pour l'instant inflexible sur une nouvelle modification du calendrier. Les discussions en cours laissent entrevoir des ajustements possibles, notamment l'introduction d'une catégorie de pays « sans risque » bénéficiant de contrôles allégés. Mais la question de l'équilibre entre ambition environnementale et pragmatisme économique demeure centrale dans les débats à Bruxelles. L'avenir de la loi européenne sur la déforestation dépendra de la capacité des institutions à concilier protection des forêts et adaptation aux réalités des filières concernées. L'enjeu est de taille, tant pour la crédibilité de la politique environnementale européenne que pour la stabilité des marchés agricoles et forestiers.
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