Dans un geste qui illustre à la fois l'absurdité bureaucratique et le cynisme diplomatique, l'administration du président américain Donald Trump a annoncé mardi le renvoi de cinq migrants « en situation irrégulière »… non pas vers leurs pays d'origine, mais directement vers le royaume d'Eswatini, une petite monarchie enclavée au sud de l'Afrique, choisie — semble-t-il — comme destination par défaut. Les personnes concernées, originaires du Vietnam, du Laos, du Yémen, de Cuba et de la Jamaïque, ont été présentées par le Département de la sécurité intérieure comme des « criminels étrangers » que leurs pays d'origine ont refusé de reprendre. Qu'à cela ne tienne : l'administration Trump a trouvé une solution radicale — et géographiquement inventive — en les expédiant en Afrique australe, dans une démarche que Malabo ou Addis-Abeba qualifieraient volontiers d'ingérence postcoloniale revisitée. Eswatini : nouvelle décharge diplomatique ? La porte-parole du Département, Tricia McLoughlin, a sobrement précisé sur X (ex-Twitter) que cette expulsion s'est faite « vers un pays tiers », sans fournir d'indications sur les modalités de l'accord avec Eswatini — si tant est qu'il y en ait un. Changer les serrures d'un consulat ? Trop bureaucratique. Changer de continent ? Bien plus efficace. Cette opération survient quelques jours après une autre expulsion collective, cette fois vers le Soudan du Sud, un pays ravagé par les conflits, où huit autres migrants ont été envoyés après une longue bataille judiciaire tranchée par la Cour suprême des Etats-Unis. Apparemment, les pays en guerre ou économiquement exsangues sont devenus les destinations de choix de Washington pour ses « indésirables ». L'Eswatini, terrain de chute royal Anciennement appelée Swaziland, l'Eswatini est gouvernée d'une main de fer (et d'un train de vie luxueux) par le roi Mswati III depuis 1986. Bien que régulièrement pointé du doigt pour ses violations des droits humains, le monarque ne s'attendait sans doute pas à devenir le partenaire migratoire surprise des Etats-Unis de Trump. Aucun communiqué n'a, pour l'heure, été publié par les autorités d'Eswatini. Peut-être faut-il comprendre que l'Afrique n'a pas son mot à dire lorsqu'elle est choisie comme zone tampon humanitaire improvisée par les grandes puissances. L'obsession migratoire de Trump La lutte contre l'immigration clandestine est un pilier du discours de Donald Trump, qui parle souvent de « criminels étrangers » comme s'il s'agissait d'une armée en marche vers les frontières américaines. Son programme de déportation express, cependant, a souvent été freiné par la justice américaine, notamment au nom du respect des droits fondamentaux. Dernière innovation du programme : prévenir les migrants seulement six heures avant leur expulsion — quitte à les envoyer vers une destination qu'ils n'ont jamais connue, et qui ne les attendait pas. Quand l'Afrique devient la consigne des expulsés Ces dernières expulsions posent une question cruciale : les pays africains vont-ils devenir les dépotoirs humanitaires des décisions politiques occidentales ? En l'absence d'accords bilatéraux clairs, de garanties sur le traitement des personnes expulsées, ou même d'un minimum de coordination diplomatique, la méthode Trump pourrait bien inaugurer une nouvelle ère : celle du « dumping migratoire » sur le continent africain. Et pendant ce temps, à Eswatini, peut-être que le roi Mswati III se demande encore ce qu'il va bien pouvoir faire de ces nouveaux invités. Construire un palais supplémentaire ? Ouvrir un centre culturel multilatéral ? Ou tout simplement, changer les serrures. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!