Annoncé comme un signal fort en faveur de la lutte contre les discriminations religieuses, le poste d'envoyé spécial contre l'islamophobie en Australie demeure aujourd'hui une coquille vide. Près d'un an après sa création par le Premier ministre Anthony Albanese, aucun personnel n'a été recruté et le bureau reste inactif, révèle le Canberra Times dans une enquête récente. Créé en 2023, ce poste visait à envoyer un message clair à la communauté musulmane australienne : celui d'un engagement ferme contre les actes haineux et les discours stigmatisants. Mais l'absence d'équipe, de moyens logistiques et de feuille de route concrète alimente aujourd'hui critiques et frustrations, tant au sein de la société civile que parmi les leaders communautaires. Un symbole sans moyens À l'origine, la création de ce poste avait été saluée par plusieurs associations musulmanes comme un tournant dans la reconnaissance institutionnelle de l'islamophobie. Mais l'absence de ressources humaines – aucun conseiller, assistant ou chargé de mission – laisse planer un doute sur la sincérité de l'initiative. « Ce poste est devenu purement symbolique », déplorent plusieurs organisations, qui voient dans ce retard une forme d'inaction volontaire. D'autant que l'Australie a connu une hausse marquée des actes islamophobes ces dernières années, notamment à la suite de débats publics polarisants et de la montée de mouvements identitaires. Un climat politique tendu Dans ce contexte, les critiques contre l'inaction gouvernementale se multiplient. Le Premier ministre Anthony Albanese s'est défendu en février dernier, affirmant que son gouvernement « ne minimisait pas la question de l'islamophobie ». Il a aussi salué les efforts de figures comme le joueur de cricket Usman Khawaja, engagé publiquement contre la haine religieuse. Mais les réponses politiques tardent. L'absence de structure concrète autour de l'envoyé spécial laisse craindre un simple effet d'annonce. Plusieurs responsables musulmans australiens ont déjà exprimé leur crainte que ce retard n'aggrave la défiance à l'égard des institutions. Des attentes encore fortes Alors que l'Australie s'apprête à renouveler plusieurs engagements sociaux et communautaires, les yeux sont rivés sur ce dossier. La communauté musulmane, qui représente environ 3,2 % de la population australienne, continue de réclamer des actions claires : collecte de données, suivi des agressions, campagnes de sensibilisation dans les écoles et les médias. Sans une réelle volonté politique, cet envoyé spécial risque de rester dans l'ombre d'une promesse inachevée. Ainsi, l'affaire révèle les limites d'une politique d'affichage sans mise en œuvre concrète. Face à la montée des tensions religieuses dans plusieurs pays occidentaux, l'Australie est aujourd'hui observée comme un test : celui de la capacité des démocraties à traduire leurs discours de tolérance en actes tangibles. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!