L'Arabie saoudite ne recule devant rien pour diversifier l'économie, la doper et préparer l'après-pétrole. Riyad met le curseur sur les investissements au Maghreb et en Afrique subsaharienne, que les Saoudiens connaissaient peu (le mot est faible) ; les autorités se démènent pour attirer les investisseurs et talents étrangers ; le pays a mis le cap sur la méga ville futuriste « The Line » (avec son lot de déboires) pour fixer sur son sol les promoteurs et touristes fortunés. La suite logique est le desserrement du carcan autour de l'accès à la propriété pour les étrangers. L'Arabie saoudite saute le pas, une sacrée révolution dans ce royaume corseté. Depuis le 1er juillet 2025 un nouveau système d'attribution des permis de travail dédié aux expatriés est en place. A partir de janvier 2026 le pays instaurera un autre dispositif dédié aux ressortissants étrangers. Il est question de leur ouvrir les portes de l'immobilier à Riyad et à Djeddah. Cette initiative entre dans le cadre de la "Vision 2030", théorisée par le prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS), pour grossir le flux des capitaux et travailleurs étrangers. Tout cela passera par la réforme de la très rigide législation sur l'installation et l'accès à la propriété. "L'Arabie saoudite est en train d'adapter un modèle comparable à ceux des villes du Golfe comme Dubaï, Abou Dhabi et Doha, qui ont autorisé les étrangers à acheter dans certaines zones pendant des années – attirant des milliards en investissements étrangers", commente Business Standard. Le royaume a déjà révisé les conditions de résidence. Depuis le 1er juillet les expatriés ont droit à des permis de travail sur la base d'un nouveau système de classification qui a défini 3 catégories : "Hautement qualifié, qualifié, et basique". Les ressortissants étrangers sont classés en fonction de critères tels que "la qualification, l'expérience, les capacités techniques, le niveau de salaire et l'âge". Le système a été instauré pour "améliorer l'efficacité du marché du travail", le pays "accélère le développement de ses projets phares" qui "nécessitent un nombre croissant de professionnels" dans des segments comme la construction, l'ingénierie, le tourisme et la technologie, rapporte le site Al-Arabiya English... Et dès le 1er janvier 2026 les ressortissants étrangers, dont les expatriés en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, auront le droit d'"acheter des biens immobiliers dans le royaume", dit Business Standard. La citoyenneté saoudienne n'est plus un obstacle, mais les achats "ne seront autorisés que dans des zones désignées", comme Riyad, la capitale, ou la station balnéaire de Djeddah. Pour ce qui est de la Mecque et Médine, des villes saintes, les restrictions demeurent. Dans ce pays de 33 millions d'habitants 44% de la population est étrangère. Ce sont les expatriés qui tiennent les métiers essentiels de la construction, sans eux ce secteur phare s'effondre. Donc la "Vision 2030", impulsée en 2016, se devait de faire sauter beaucoup de verrous au nom des grandes ambitions du royaume... Jusqu'ici quand un étranger désirait acquérir un bien il lui fallait "dépenser au minimum 4 millions de rials saoudiens (1,1 million de dollars) et qu'il n'y ait aucune hypothèque sur les propriétés [qu'il souhaitait acheter]", rappelle The National. Les nouvelles réformes dégageront la voie de l'accession à la propriété. Pour l'Arabie saoudite c'est un passage obligé si elle veut être en phase avec ses visées à l'international. Le pays se prépare à "accueillir les Jeux asiatiques d'hiver en 2029 et la Coupe du monde en 2034, qui seront d'autres occasions de mettre en valeur les efforts de développement du royaume". On a appris en avril dernier que Riyad table sur 2670 milliards de dollars à l'horizon 2030 pour financer son essor industriel et économique. Ce cap passe par des concessions majeures pour convaincre les bailleurs que le carcan conservateur n'est plus un frein et qu'il faut miser sur les Saoudiens. Les traditionnalistes vont s'étouffer mais MBS n'en a cure, ses urgences sont ailleurs, lui qui a dit publiquement qu'il n'hésitera pas à écraser tout et tout le monde pour passer, au nom de la transfiguration du royaume.
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