À la veille du 7 août 2025, date d'entrée en vigueur d'un nouveau train de droits de douane américains, la planète économique retient son souffle. De la Suisse au Japon, en passant par le Brésil, les capitales multiplient les initiatives pour préserver leurs intérêts face à une politique commerciale américaine de plus en plus agressive. Initiée par Donald Trump dans le cadre de son retour remarqué à la présidence, cette stratégie protectionniste redessine les rapports de force du commerce mondial. Le Brésil, premier pays ciblé par une surtaxe record Mercredi 6 août, le Brésil est devenu le premier pays à subir de plein fouet cette nouvelle vague tarifaire. Une surtaxe de 50 % a été appliquée sur ses exportations vers les Etats-Unis, soit la plus forte hausse jamais imposée à un partenaire commercial américain. Le décret présidentiel, signé il y a sept jours à peine, a été mis en œuvre sans délai, laissant peu de marge de manœuvre à Brasília. Selon l'administration Trump, cette sanction est motivée par des raisons autant économiques que politiques. Le président américain reproche à la justice brésilienne de poursuivre l'ex-président Jair Bolsonaro, accusé d'avoir tenté de contester l'élection présidentielle de 2022. Cette mesure est perçue par plusieurs observateurs comme une punition politique sous couvert économique, marquant une rupture sans précédent dans les relations entre les deux pays. La Suisse tente de sauver son horlogerie à Washington Autre cible inattendue des nouvelles mesures : la Suisse, à qui les Etats-Unis imposeront dès jeudi une surtaxe de 39 % sur ses exportations, bien au-delà des 15 % négociés avec l'Union européenne. La surprise est d'autant plus grande que la Confédération helvétique est traditionnellement perçue comme un partenaire discret mais stable de Washington. Face à l'urgence, la présidente suisse et son ministre de l'Economie se sont envolés pour Washington afin de présenter une contre-proposition économique. L'objectif est clair : éviter que les exportations suisses – notamment le secteur stratégique de l'horlogerie – ne soient lourdement pénalisées. La situation est critique : les montres suisses ne peuvent pas contourner les taxes en délocalisant leur production, car l'étiquette "Made in Switzerland" exige une fabrication locale. Sans compromis rapide, c'est toute une industrie d'excellence qui risque d'être affaiblie. Le Japon sur ses gardes malgré un accord apparent Du côté du Japon, la tension est plus feutrée mais non moins réelle. Officiellement, Tokyo a conclu un accord avec les Etats-Unis fin juillet : ses exportations vers le marché américain seront taxées à 15 % – un taux modéré comparé aux 25 % initialement envisagés. Mais la presse nippone évoque une inquiétude croissante au sein du gouvernement japonais quant aux modalités d'application et aux engagements pris. En contrepartie de cette « clémence tarifaire », Tokyo aurait accepté d'investir 550 milliards de dollars sur le sol américain, d'augmenter ses importations de riz américain, et de lever certaines restrictions qui bloquaient l'accès des voitures américaines au marché japonais. Un mémo de la Maison Blanche assure que le Japon achètera prochainement les pick-ups Ford en masse, ce qui suscite des interrogations à Tokyo sur l'ampleur réelle des concessions consenties. Cet accord, bien qu'apparenté à une victoire diplomatique, soulève des doutes chez les industriels japonais. L'inquiétude porte sur le précédent que pourrait créer cette méthode de négociation imposée par Trump, mêlant menaces, pression bilatérale et annonces médiatiques. L'Union européenne opte pour la temporisation Dans ce contexte de durcissement général, l'Union européenne fait le choix de la désescalade. Bruxelles a annoncé la suspension de ses mesures de représailles commerciales, quelques jours seulement après avoir conclu un accord limitant les droits de douane à 15 % sur les produits européens entrant aux Etats-Unis. Ce compromis, bien qu'âprement négocié, évite à l'UE de subir une surtaxe plus sévère, mais laisse en suspens de nombreuses questions sur l'avenir du commerce transatlantique. Il illustre aussi une tendance croissante à la fragmentation des négociations commerciales, chaque partenaire tentant de sauver ses intérêts nationaux par des canaux bilatéraux plutôt que multilatéraux. Trump veut verrouiller son système douanier Pour empêcher le contournement des nouvelles taxes par des circuits parallèles, notamment chinois, Donald Trump prévoit également une surtaxe de 40 % sur les produits manufacturés soupçonnés de transiter par des pays tiers à droits réduits. Cette mesure, annoncée pour le 7 août, ne vise officiellement aucun pays en particulier, mais les experts s'accordent à dire que la Chine sera indirectement la principale touchée, en raison de son poids dans les chaînes de fabrication mondiales. Vers un retour à la guerre commerciale mondiale ? La mise en œuvre de ces nouvelles mesures tarifaires par l'administration Trump pourrait marquer un tournant dans l'économie mondiale, avec le retour d'un protectionnisme assumé et brutal. Chaque pays tente désormais de se positionner pour négocier au mieux son sort, au risque de voir les règles commerciales internationales éclatées au profit d'un rapport de force généralisé. Alors que le Brésil encaisse la première salve, que la Suisse plaide sa cause et que le Japon s'interroge, une chose est certaine : le système commercial mondial tel qu'on le connaissait semble désormais suspendu aux décisions unilatérales d'une Maison Blanche plus imprévisible que jamais. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!