Dès novembre 2023 des ambassadeurs français avaient alerté sur le pilotage à vue du président Emmanuel Macron après l'attaque du 7 octobre 2023 en Israël, alors que l'héritage laissé par le général de Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac était censé permettre à Paris de garder son aura dans le monde arabe. 35 anciens ambassadeurs remettent ça ce mardi 12 août, dans une tribune publiée par le journal Le Monde. Les oreilles de Macron vont siffler. L'ancien chef de la diplomatie Dominique de Villepin n'est pas le seul à avoir la dent dure avec le chef de l'Etat, les anciens émissaires de la France suivent son sillage. «Il est temps que la France reprenne l'initiative au Moyen-Orient», clament les signataires de ce texte. Ils demandent au président français d'être moins timoré face à Israël. Ils n'ont pas hésité à parler de nettoyage ethnique à Gaza, alors que les éléments de langage à Paris sont plus sibyllins, posture diplomatique oblige. Les anciens ambassadeurs reprochent à l'exécutif de se vautrer dans la gesticulation depuis 2 ans, même si la France a officialisé la reconnaissance de l'Etat palestinien en septembre prochain. Ils reprochent par ailleurs à leur gouvernement d'avoir minoré la vitesse de la colonisation en Cisjordanie… «Alors qu'Israël intensifie en toute impunité son entreprise de destruction d'un peuple, et accélère sa colonisation de la Cisjordanie pour entraver toute possibilité d'un Etat palestinien, nous ne pouvons rester spectateurs. La décision du président de la République de reconnaître l'Etat palestinien lors de la prochaine Assemblée générale des Nations unies [en septembre] est donc tout à fait opportune. D'autres partenaires ont suivi. Dans le contexte actuel de non-respect du droit international cependant, l'annonce est insuffisante», assènent-ils. Dans leur tribune les ambassadeurs pointent l'absence de cohérence dans la politique étrangère française, très prompte pour la défense du droit international quand cela se passe en Europe, en l'occurrence en Ukraine, mais volontairement tiède quand le feu prend au Moyen-Orient. Ils rappellent que le droit international était le socle du rayonnement de la France, il a été dévoré par les intérêts et les alliances… Ils sont d'avis que ce revirement spectaculaire atomise la crédibilité du pays et son influence dans la région. Par ailleurs les anciens ambassadeurs fustigent l'amalgame fait à dessein entre la critique légitime de la politique israélienne et l'antisémitisme. D'après eux cela brouille tous les messages et nuit au combat contre le vrai antisémitisme. «Nous avions à juste titre condamné l'attaque terroriste (du Hamas) du 7 octobre 2023. Elle ne pouvait toutefois justifier le nettoyage ethnique du peuple palestinien, et nous nous sommes émus bien tardivement du nombre croissant de civils palestiniens victimes à Gaza d'opérations destructrices, d'incessants déplacements forcés de la population, d'effets dévastateurs du blocus alimentaire et sanitaire, et, en Cisjordanie, de la violence impunie des colons», soutiennent-ils. Enfin le collectif demande l'arrêt immédiat de la guerre et la libération des otages. Ils ont formulé une dizaine de recommandations parmi lesquelles l'accès libre de la presse internationale à Gaza et le gel de toute livraison de matériel de guerre à Israël. Macron aussi l'avait claironné en octobre 2024 mais la réalité nuance fortement son engagement. Ce qu'il est important de retenir c'est que Paris ne s'en tirera pas à « moindres frais », en faisant le « service minimum » avec la reconnaissance d'un Etat palestinien, une annonce aussitôt évidée par Benjamin Netanyahu et son parrain Donald Trump. Ce que ces anciens diplomates demandent au président français c'est d'aller bien au-delà des simples postures en s'opposant frontalement à Tel-Aviv et Washington. En a-t-il les moyens ? Rien n'est moins sûr.
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