Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a ravivé un concept que ses prédécesseurs évitaient de prononcer depuis des décennies : la vision d'une « Israël grande ». Dans un contexte politique et sécuritaire tendu, il a affirmé son « attachement profond » à ce projet aux contours territoriaux élargis, allant bien au-delà des frontières reconnues par la communauté internationale, incluant des parties de pays arabes voisins. Un concept ancien aux racines idéologiques solides Le terme « Israël grande » renvoie à une vision expansionniste héritée de la mouvance sioniste dite « révisionniste », portée au début du XXe siècle par Zeev Jabotinsky, figure tutélaire de l'actuel Likoud. Dans certaines versions, cette vision couvre toute la Palestine historique « du fleuve à la mer » ainsi que des portions de Jordanie, Liban, Syrie, Egypte, voire d'Irak et de la péninsule Arabique. L'expression s'est imposée après la guerre de juin 1967, lorsque Israël a occupé la Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est, le Sinaï et le Golan. Si le Sinaï a été restitué à l'Egypte en 1979, Jérusalem-Est et le Golan ont été annexés unilatéralement, en violation du droit international. Au fil des décennies, le projet est resté vivant dans les cercles nationalistes et religieux, bien que moins affiché officiellement après les accords d'Oslo. Mais le Likoud a toujours refusé la création d'un Etat palestinien viable et maintenu la revendication sur l'ensemble de la Cisjordanie et Gaza. Le 12 août 2025, lors d'un entretien avec la chaîne i24 News, Netanyahou a reçu en direct une médaille gravée d'une carte biblique aux frontières élargies. À la question du journaliste sur son adhésion à cette vision, il a répondu sans détour : « Très attaché ». Il a présenté cette ambition comme une « mission historique et spirituelle » visant à réaliser les aspirations du peuple juif. Ce message s'adressait directement à sa base politique et à ses alliés les plus radicaux, à un moment où la Knesset venait de voter symboliquement en faveur de l'annexion de la Cisjordanie, et où les lois adoptées depuis 2023 consolident le contrôle israélien sur les colonies et sur Gaza. Réactions contrastées Les capitales arabes ont dénoncé une menace directe pour la stabilité régionale : la Tunisie, la Jordanie, l'Egypte, l'Arabie saoudite et le Qatar ont prévenu que toute atteinte à leurs territoires ou aux droits palestiniens constituerait une ligne rouge. L'Organisation de la coopération islamique a parlé d'un « signal alarmant » et les factions palestiniennes y voient la preuve du caractère colonial du projet sioniste. À l'inverse, Washington, Bruxelles et d'autres chancelleries occidentales se sont contentés de signifier, en coulisses, leur « préoccupation », sans condamnation publique. Cette retenue souligne une asymétrie flagrante : des propos similaires tenus par un dirigeant d'un autre pays sur des terres étrangères auraient probablement suscité une vague de sanctions. Sur le plan du droit international, l'adhésion à la vision d'une « Israël grande » équivaut à rejeter les frontières reconnues et à nier toute souveraineté palestinienne. Cela contrevient à la Charte des Nations unies et aux résolutions interdisant l'acquisition de territoires par la force. Pour les analystes, ces déclarations ne sont pas qu'un simple affichage idéologique : elles s'inscrivent dans une stratégie de long terme visant à imposer sur le terrain des faits irréversibles par l'expansion des colonies et l'annexion progressive. Une équation ouverte La sortie de Netanyahou réactive les interrogations sur la sincérité des accords de paix passés et sur la viabilité des processus de normalisation en cours. Elle donne aussi des arguments supplémentaires aux mouvements appelant à la mise en place de sanctions et de campagnes de boycott, sur le modèle de la pression internationale exercée autrefois contre l'Afrique du Sud de l'apartheid. Reste à savoir si les Etats arabes et la communauté internationale se contenteront de déclarations indignées, ou s'ils envisageront des mesures concrètes pour freiner une vision expansionniste désormais assumée au sommet de l'Etat israélien. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!