Le marché du travail canadien a subi une contraction inattendue en juillet, avec la perte de 40 000 emplois, à rebours des prévisions des analystes qui anticipaient une création de 15 000 postes. Ce retournement brutal met en lumière la fragilité de l'économie canadienne, confrontée à ses plus fortes pressions depuis des décennies. Selon Statistique Canada, le secteur privé et les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus touchés. Cette baisse survient après un mois de juin exceptionnel qui avait vu la création de 83 000 emplois, illustrant une forte volatilité du marché. Malgré ce recul, le taux de chômage est resté stable à 6,9 %, car le nombre de chercheurs d'emploi n'a pas significativement évolué. Les secteurs en difficulté Le rapport montre que plusieurs secteurs clés ont accusé de lourdes pertes : * informations, culture et loisirs : -29 000 emplois, * construction : -22 000 emplois, * santé et services sociaux : -17 000 emplois, * agriculture : -11 000 emplois. À l'inverse, certains domaines ont résisté : * transport et entreposage : +26 000 emplois, première hausse depuis janvier 2025, * industrie : +5 300 emplois, bien que le solde annuel reste négatif de 9 400. Au total, les heures travaillées ont reculé de 0,2 % en juillet, un signe de faiblesse pour le début du troisième trimestre. Les explications des experts Pour Doug Porter, chef économiste à la Banque de Montréal, ce rapport est « le plus faible depuis trois ans », malgré le dynamisme observé en juin. De son côté, le conseiller financier Madine Salman estime que l'envolée de juin relevait d'une « embellie artificielle liée aux emplois étudiants d'été », avant un retour à la réalité en juillet. Il pointe également la pression des tarifs douaniers américains, qui pousse certaines usines à délocaliser vers les Etats-Unis ou à suspendre leur production dans l'attente d'un accord avec l'administration Trump. L'économiste Osama Qazi souligne pour sa part la dépendance excessive du Canada vis-à-vis des Etats-Unis, qui absorbent 95 % de ses exportations. Selon lui, l'absence de diversification commerciale a amplifié la crise : « Quand Washington se détourne, l'économie canadienne vacille », affirme-t-il. La catégorie des 15-24 ans a perdu 34 000 emplois en un mois, faisant chuter le taux d'emploi des jeunes à 53,6 %, son plus bas niveau depuis novembre 1998, hors période Covid-19. Dans les provinces, les reculs les plus marqués ont été enregistrés en Alberta, Colombie-Britannique et Québec, chacune perdant entre 15 000 et 17 000 emplois. Les pistes de sortie Face à ces chiffres, les experts appellent Ottawa à revoir ses priorités. Parmi les solutions proposées : * soutenir les entreprises locales par des incitations à l'embauche, * alléger la politique monétaire et réduire les taux d'intérêt pour encourager l'investissement, * diversifier les partenaires commerciaux au-delà des Etats-Unis. Actuellement, 1,6 million de Canadiens sont sans emploi, dont 24 % en situation de chômage de longue durée (plus de 27 semaines), la part la plus élevée depuis 1998 hors pandémie. Ce recul de l'emploi en juillet marque un signal d'alarme pour l'économie canadienne. Bien que le taux de chômage reste stable, la contraction brutale des postes, notamment chez les jeunes et dans le secteur privé, met les autorités face à un défi majeur : relancer la croissance et réduire la dépendance envers le marché américain, tout en atténuant les effets des pressions économiques mondiales. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!