Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a pour la première fois reconnu ce qu'il a qualifié de « génocide arménien » de 1915 durant la Première Guerre mondiale, dans une déclaration qui risque d'attiser les tensions déjà vives avec la Turquie. L'annonce a été faite lors d'un entretien avec le podcasteur américain Patrick Bet-David, qui l'a interpellé sur l'absence de reconnaissance officielle d'Israël alors que la Shoah fait l'objet d'un consensus international. Pris de court, Netanyahou a d'abord affirmé, à tort, que la Knesset avait déjà adopté une telle reconnaissance. Face à l'insistance de l'animateur, il a finalement répondu : « Oui, je viens de le faire ». Une déclaration sans précédent Contrairement aux propos du Premier ministre, la Knesset n'a jamais adopté de résolution reconnaissant officiellement le génocide arménien, une décision longtemps évitée par les gouvernements israéliens successifs afin de ménager leurs relations avec Ankara. Pour l'heure, la Turquie n'a pas réagi aux propos de Netanyahou. La question est particulièrement sensible pour Ankara, qui rejette l'usage du terme « génocide » et considère les événements de 1915 comme un conflit interethnique dans le contexte de la guerre mondiale, tout en contestant les bilans qui évoquent entre 1 et 1,5 million de victimes arméniennes. Une crise diplomatique qui s'amplifie Depuis le début de la guerre israélienne contre Gaza, les relations entre Tel-Aviv et Ankara se sont fortement dégradées. Le président turc Recep Tayyip Erdogan accuse régulièrement le gouvernement Netanyahou de constituer « la principale menace pour la sécurité du Moyen-Orient » et l'a qualifié de « gouvernement assoiffé de sang ». Les divergences se sont également accentuées après la chute du régime syrien en décembre dernier : Israël y voit l'occasion de neutraliser durablement les capacités militaires de Damas, tandis que la Turquie affirme soutenir la reconstruction d'une armée syrienne nationale. Un dossier historique explosif Le sujet arménien reste un point de discorde récurrent entre Ankara et ses partenaires. En 2019, la reconnaissance par les Etats-Unis de ce qu'ils ont qualifié de « génocide arménien » avait provoqué une vive réaction turque et un refroidissement diplomatique avec Washington. À l'époque, Erdogan avait proposé la création d'une commission internationale d'historiens pour examiner les archives ottomanes, estimant que l'évaluation des faits devait relever du champ scientifique et non politique. Contexte judiciaire défavorable à Israël Ces nouvelles déclarations interviennent alors qu'Israël fait lui-même face à des accusations de génocide devant la Cour internationale de justice, dans une affaire portée par l'Afrique du Sud. Par ailleurs, la Cour pénale internationale a émis des mandats d'arrêt contre Benyamin Netanyahou et l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis à Gaza. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!