La police espagnole, en collaboration avec Europol, a annoncé le démantèlement d'un vaste réseau de passeurs spécialisés dans l'organisation de traversées clandestines de la Méditerranée depuis les côtes algériennes. L'opération, menée les 16 et 17 juin 2025, a conduit à l'arrestation de 14 individus de nationalité algérienne et marocaine, considérée comme un coup dur pour les filières de migration illégale. Selon les autorités, ce réseau, dirigé par un citoyen marocain, avait investi près d'un million d'euros dans du matériel maritime sophistiqué afin de faciliter ces traversées. Une logistique bien rodée et un butin conséquent Les perquisitions menées dans huit bâtiments répartis entre Almeria, Alicante, Nijar, Tabernas et Espartinas ont permis la saisie de : * 15 canots à moteur de 200 à 425 chevaux, mesurant entre 7,5 et 8 mètres ; * des moules pour la fabrication de coques de 8 à 14 mètres ; * du matériel maritime et électronique ; * une centaine de bidons d'essence ; * deux armes à feu ; * 68 000 euros en espèces. Les passeurs entassaient des dizaines de personnes sur des embarcations ne dépassant pas sept mètres, chaque migrant devant s'acquitter d'environ 7 000 euros pour une place. Le financement reposait sur le système parallèle de transfert d'argent appelé Hawala, permettant d'éviter les circuits bancaires classiques. Des routes maritimes de plus en plus meurtrières Si ce réseau illustre l'ampleur de l'économie clandestine liée à l'immigration irrégulière, il ne représente qu'une fraction d'un phénomène en forte expansion. Depuis le début de l'année 2024, les îles Baléares connaissent une hausse explosive des arrivées de migrants. En quelques jours seulement, plus de 600 personnes sont parvenues à Majorque, Ibiza et Formentera à bord d'une trentaine d'embarcations. Entre janvier et juillet 2024, environ 3 500 migrants ont atteint les Baléares, soit une augmentation de 170 % par rapport à 2023. Au 12 août 2024, le total s'élevait déjà à 3 913 personnes sur 209 embarcations. Le coût de la traversée depuis l'Algérie est estimé à 1 700 euros par personne, un tarif moindre que celui pratiqué pour les départs organisés par le réseau démantelé. Mais cette route, plus courte que celle menant aux Canaries, demeure extrêmement risquée : selon l'ONG Caminando Fronteras, 328 harraga ont perdu la vie en 2024 sur cette voie maritime. Vers un nouveau point d'entrée majeur en Europe ? Face à cette pression migratoire, les autorités locales espagnoles redoutent que les Baléares ne deviennent un nouveau point d'entrée privilégié pour les migrants, à l'image des îles Canaries qui ont accueilli 47 000 personnes en 2024. Des centres d'accueil temporaires ont été mis en place, mais les capacités demeurent limitées au regard de la progression du phénomène. Ce démantèlement représente donc une victoire pour les autorités espagnoles et européennes, mais il met aussi en lumière l'ampleur des réseaux de passeurs et la persistance d'une route migratoire meurtrière en Méditerranée. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!