On y est : le «profilage racial», une funeste page qu'on croyait définitivement tournée, dans un pays meurtri par des siècles de ségrégation et de discrimination. Avec le président Donald Trump les Américains vont en voir de toutes les couleurs – c'est pour ça qu'ils l'ont élu, non ? – , le monde en verra de toutes les couleurs. Alors que les USA célébreront en 2026 les 250 ans de la signature de la Déclaration d'indépendance, ce sont les nets reculs de la démocratie et des droits humains qui font les gros titres. Les « Sages » de la Cour suprême ont définitivement perdu leur statut de sentinelles de l'état de droit avec cette dernière entorse. Les 6 juges d'obédience républicaine – dont 3 ont été désignés par Trump – ont écrasé les 3 juges démocrates de la plus haute juridiction du pays et sont passés. Ils ont pour habitude de valider tous les lubies et désidératas du président américain, mais là ils sont allés très loin en faisant sauter les verrous autour des opérations de la police de l'immigration (ICE) à Los Angeles. La décision est tombée hier lundi 8 septembre. Concrètement les agents de l'immigration pourront expulser à leur guise des résidents et se livrer au contrôle au faciès. Pourtant des garde-fous avaient été posés il y a quelques semaines pour se prémunir contre tout débordement. La Cour suprême américaine a envoyé valser le dispositif. L'homme qui orchestre la politique d'expulsions de l'administration Trump parle d'une «excellente décision». «Nous n'employons pas le profilage racial», a assuré Tom Homan devant les médias, mais ils ne sont pas obligés de le croire. Avec Trump on a vu tellement de barrières disparaître. Le ministère de la Sécurité intérieure a annoncé la couleur sur X : la police de l'immigration va «continuer à inonder la zone à Los Angeles» en dépit des protestations outrées des autorités locales. Le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, un ennemi notoire de Trump, fustige un virage qui mène vers «un défilé de terreur raciale à Los Angeles». Il s'insurge contre un quitus qui donne le droit de «cibler les Latinos». Au début du mois de juin dernier la communauté californienne d'origine latine pointait du doigt l'ICE et la cascade de descentes policières. Trump avait mobilisé des milliers de militaires pour contenir les manifestations. De nombreux citoyens s'étaient plaints des interpellations musclées en pleine rue, des accusations de contrôles aux faciès avaient fusé. Appuyés par des associations, 3 immigrés cueillis à un arrêt de bus et 2 Américains d'origine hispanique contrôlés par l'ICE avaient déposée des plaintes. En juillet dernier une juge fédérale avait tranché en leur faveur en interdisant provisoirement les arrestations sur la base de quatre facteurs : l'origine ethnique, le fait de s'exprimer en espagnol ou en anglais avec un accent étranger, le métier que l'on exerce ou le fait de fréquenter un endroit particulier, tel un arrêt de bus, un lavage auto, une ferme ou un magasin de bricolage. «Lorsque ICE m'a arrêté, ils ne m'ont jamais montré de mandat ni expliqué pourquoi. J'ai été traité comme si je ne valais rien : enfermé, dans le froid, affamé et sans avocat. Et maintenant, la Cour suprême dit que c'est normal ?», avait confié Pedro Vasquez Perdomo, l'un des immigrés qui ont porté plainte. «Ce n'est pas de la justice. C'est du racisme avec un badge», avait-il dit, cité dans un communiqué de l'ACLU, l'une des associations à ses côtés. Au nom du sacro-saint Quatrième amendement de la Constitution, les interdictions avaient été confirmées en appel. Depuis ce rappel à l'ordre les agents de l'ICE ont réduit fortement leurs descentes mais n'ont pas complètement disparu du paysage. Hier lundi la Cour suprême a dégagé la voie de l'ICE. Il reviendra à la Cour d'appel de remettre ce dossier sur la table. En attendant « les brigades de Trump » ont carte blanche. La Cour suprême ne s'est pas expliquée sur cette décision controversée, le juge conservateur Brett Kavanaugh a tout de même tenu à dire que «l'immigration illégale est particulièrement prononcée dans la région de Los Angeles», où les sans-papiers composeraient 10% de la population. La juge Sonia Sotomayor, première Latino-Américaine nommée à la Cour suprême, s'oppose frontalement… Elle a accusé ses pairs conservateurs de fabriquer «un statut de citoyen de seconde zone (…) Nous ne devrions pas avoir à vivre dans un pays où le gouvernement peut arrêter quiconque a une apparence latino», a-t-elle mentionné. «Ce n'est pas fini», a clamé devant la presse l'avocat de l'ACLU, Mohammad Tajsar. Ce 24 septembre l'affaire reviendra devant le Tribunal de première instance et il y a des chances que de solides remparts soient posés…, que Trump tentera de fracasser de nouveau. Le républicain n'en a pas fini avec son oeuvre de destruction massive, dans une logique de chaos créateur dont il est le seul à comprendre les codes.
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