Les déclarations du président américain Donald Trump, qui a récemment réclamé la reprise par Washington de la base aérienne de Bagram en Afghanistan, ont déclenché une vague de réactions contrastées à Kaboul et au-delà. Entre rejet catégorique, inquiétude face au spectre d'un retour des interventions étrangères et analyse politique centrée sur le jeu intérieur américain, ces propos ont rouvert une blessure encore vive dans la mémoire collective afghane. Dans la capitale, nombre de citoyens voient dans ces mots un dangereux signal. « Le peuple afghan a payé un prix exorbitant durant les deux décennies de présence américaine, et nous ne sommes pas prêts à revenir au point de départ », a déclaré Mahmoud Khan, ancien fonctionnaire, convaincu qu'une telle hypothèse ne ferait qu'alimenter violence et chaos. Pour beaucoup, une éventuelle réinstallation américaine à Bagram serait accueillie par une résistance populaire. La base de Bagram, vidée en juillet 2021 dans le secret par l'administration Biden, reste un symbole puissant. Pendant près de vingt ans, elle fut le cœur de l'appareil militaire américain en Afghanistan, associée à des bombardements, des détentions controversées et à l'image d'un pays placé sous tutelle étrangère. « Quand nous entendons le nom de Bagram, nous pensons aux raids et aux arrestations », confie la jeune étudiante Fatima Jalali, qui juge insoutenable l'idée d'un retour. Pour certains analystes, ces propos doivent davantage se lire à travers la scène politique américaine qu'au prisme de la réalité afghane. L'observateur Abdul Wadud Frozan estime ainsi que « Trump se sert de la carte afghane pour cibler ses adversaires aux Etats-Unis. En pratique, la reprise de Bagram est quasi impossible compte tenu des équilibres régionaux et des engagements internationaux de Washington ». Le gouvernement afghan a réagi avec fermeté, rappelant que l'indépendance et l'intégrité territoriale du pays étaient une ligne rouge non négociable. Dans un discours, le chef de l'armée, Fasihuddin Fitrat, a rejeté l'idée même de pourparlers sur Bagram, qualifiant de « totalement irréaliste » toute tentative de retour américain. Au-delà de la rhétorique, le climat régional complique toute perspective d'un tel scénario. La Chine et la Russie, déjà sensibles à la présence militaire occidentale près de leurs frontières, ne toléreraient guère un retour des troupes américaines en Afghanistan. Quant à la direction talibane, elle rappelle régulièrement l'Accord de Doha, qui engage Washington à respecter la souveraineté afghane. Si beaucoup d'Afghans doutent d'un véritable projet américain derrière les mots de Trump, le simple fait d'avoir réactivé le spectre de Bagram résonne comme une menace. Pour un pays qui tente encore de se relever après deux décennies de guerre, la perspective d'un retour à l'ombre des bases étrangères reste un cauchemar, et un rappel brutal des plaies jamais refermées. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!