À l'heure où la France s'apprête à reconnaître l'Etat de Palestine, plusieurs maires ont choisi de maintenir, ce lundi, le pavoisement palestinien sur le fronton de leur hôtel de ville. Ce geste symbolique, assumé malgré des mises en garde et des décisions de justice, prend une résonance particulière alors que la population de Gaza continue de subir une guerre qualifiée de génocidaire par de nombreuses voix morales, universitaires et humanitaires, et attribuée à l'armée d'occupation israélienne par ses opposants. Des élus locaux qui assument leur choix À Malakoff, la maire PCF Jacqueline Belhomme a décidé de ne pas retirer le drapeau « avant mardi », en dépit d'une injonction du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisie par le préfet des Hauts-de-Seine, lequel réclame désormais une astreinte financière. La bannière rouge, noire, blanche et verte doit également flotter à Nanterre, Bagneux, Gennevilliers, Ivry-sur-Seine ou Corbeil-Essonnes. À Saint-Denis, le socialiste Mathieu Hanotin insiste : il ne s'agit pas d'un acte militant de longue durée, mais d'un choix circonstancié, au moment où le président de la République doit officialiser la reconnaissance de la Palestine à l'ONU. La même ligne est suivie à Saint-Ouen par Karim Bouamrane, qui entend aussi déployer le drapeau israélien pour marquer la reconnaissance des deux Etats, ainsi qu'à Lille (Arnaud Deslandes) et Nantes (Johanna Rolland). Neutralité administrative contre solidarité politique Face à cette vague de pavoisements, la doctrine de Beauvau s'est durcie : le ministre de l'Intérieur démissionnaire, Bruno Retailleau, a enjoint les préfets de faire respecter le « principe de neutralité des services publics ». Le juge administratif de Cergy-Pontoise a d'ailleurs repris ce motif pour justifier sa décision. « L'Etat ne demande pas le pavoisement, il demande le non-pavoisement », a rappelé le secrétariat général du ministère. Dans les Pyrénées-Atlantiques, la mairie communiste de Mauléon-Licharre (environ 3 000 habitants) a d'abord hissé le drapeau palestinien vendredi, avant de le retirer samedi sous la pression du référé préfectoral. Une gauche divisée sur la méthode Cette question ravive des lignes de fracture. Centre, droite et extrême droite se rangent derrière la neutralité stricte ; la gauche, elle, se divise. À Créteil, le socialiste Laurent Cathala renonce, au nom de la cohésion sociale. À Brest, où le drapeau ukrainien est affiché depuis 2022, la municipalité a choisi d'illuminer le bâtiment aux couleurs palestiniennes. À Marseille, Benoît Payan a promis « un acte fort » sans recourir au pavoisement. Au-delà des divergences, un fait demeure : une part croissante d'élus estime que l'instant appelle un geste clair, pour le droit international et pour des civils épuisés par des mois d'assauts et de siège. Un acte de courage et de fraternité Car c'est bien le fond de l'affaire : dans un contexte de destructions massives et de morts innombrables, une partie des responsables locaux considère que le silence ne peut être une option. Leur choix d'afficher le drapeau palestinien s'inscrit comme un acte de solidarité envers un peuple meurtri, mais aussi comme une interpellation démocratique : rappeler que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, la protection des civils et la recherche d'une paix juste ne sont pas négociables. Le pavoisement, par nature symbolique, devient alors un langage politique au service d'un principe simple : la reconnaissance d'un Etat palestinien et l'exigence d'un cessez-le-feu durable. Qu'on l'approuve ou qu'on le conteste, ce geste municipal assume sa portée : il met la France locale face à sa conscience, au moment où la France nationale s'apprête à franchir un pas diplomatique majeur. Et il salue, enfin, le courage des décideurs qui prennent le risque du contentieux pour signifier que la neutralité administrative ne doit pas se confondre avec l'indifférence morale. Dans une période où les repères vacillent, ces mairies rappellent que la fraternité républicaine sait aussi parler le langage des droits et de la dignité humaine. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!