Il donne de la voix, de plus en plus, même plus que les associations anti-racistes étrangement. Lui n'est pas éreinté par les décennies d'un combat qui prend sacrément des allures de cause perdue. Je parle du recteur de la Grande Mosquée de Paris (GMP), le très volontaire Chems-Eddine Hafiz. La dernière fois qu'on l'a entendu – ou plutôt lu – il ferraillait contre les propos abjects d'une éditorialiste politique de France Info (une radio publique, précisons-le), Valérie Lecasble. L'infatigable recteur de la GMP est remonté au front, avec l'énergie du désespoir, face à un emballement de faits qui tous vont vers la même direction : islamophobie, xénophobie, racisme débridé… Eric Zemmour a fait des émules Hafiz a pris la parole dans le billet périodique de la revue de l'institution, «Iqraa». Il s'interroge et interpelle la société française : Comment se fait-il qu'après 6 générations et leur participation active à tout ce qui cimente la République les musulmans sont toujours regardés comme des étrangers dans leur propre pays, avec les prismes et préjugés défavorables qui vont avec ? «La République ne peut plus détourner le regard. Nous ne lâcherons pas», assène le patron de l'institution religieuse. Parmi les faits saillants de l'actualité sur cette islamophobie d'ambiance il y a la sortie du journaliste Jean-Marc Sylvestre, qui officie sur BFMTV ; il a osé parler de «langue musulmane» au lieu de langue arabe. Et que dire du discours fascisant de Mme Lecasble, qui a pointé en direct les musulmans de France comme «une menace démographique». Ces dérives sont une illustration des conclusions plus qu'alarmantes de l'enquête commandée par la Grande Mosquée de Paris auprès de l'IFOP. Le sondage dit que 66% des Français musulmans, mêmes ceux qui ne pratiquent pas, ont été la cible d'attitudes racistes ces 5 dernières années. «Le Français musulman est toujours un autre : un Arabe, un corps étranger, une démographie menaçante», sur les plateaux de télé ou de radio «on compte ses naissances, on soupèse sa loyauté, on le dépeint dans les registres du soupçon : trop nombreux, trop jeunes, trop communautaires», fustige Hafiz, en se demandant si ce n'est pas «la version contemporaine des vieilles peurs millénaristes». Le recteur souligne l'absurdité de la situation, une «ironie cruelle» étant donné que, par exemple, les Français d'origine musulmane sont dans l'incapacité, pour l'écrasante majorité, de lire l'arabe classique. En 6 générations, la «République a eu le temps d'envoyer ces enfants à l'école, de les enrôler dans ses guerres, de les faire voter, payer l'impôt, aimer les mêmes chansons et supporter les mêmes équipes», souligne-t-il. Ce regard singulier sur les musulmans, catalogués comme des «étrangers de l'intérieur», aurait mis en branle «des plans d'urgence, des campagnes nationales, des débats parlementaires» s'il avait pris pour cible toute autre catégorie (genres, seniors, catholiques, juifs...). Mais voilà, «parce qu'il s'agit des musulmans, les pouvoirs publics détournent le regard», tacle le recteur. L'homme à la tête de la plus importante institution musulmane de l'Hexagone s'en prend à la «paresse intellectuelle» des médias et de certains commentateurs, «incapables de penser l'intégration autrement qu'en termes de menace» et qui, sous prétexte de dépeindre la réalité, «fabriquent en réalité la fracture qu'ils prétendent conjurer» et «comptent les enfants musulmans comme on compte des bataillons». «Tant que l'on continuera à compter les 'autres' comme des intrus, la République se privera d'elle-même», alerte Hafiz. Il n'y a pas de «fable plus absurde» que d'étiqueter les musulmans comme des étrangers de l'intérieur. Pendant ce temps Macron file vers les « dorures » de l'international Ce dossier c'est le président Emmanuel Macron qui aurait dû s'en saisir au lieu de le laisser au ministre de l'Intérieur et ministre des Cultes, et donc ministre de la Grande Mosquée de Paris, il faut le rappeler. On sait ce que Bruno Retailleau en a fait : il a copieusement soufflé sur les braises… Avant de prétendre régler les problèmes de la Palestine ou ceux de la République démocratique du Congo (Paris convoque un Sommet pour faire ce qu'a raté le postulant au Prix Nobel de la Paix, Donald Trump) le chef de l'Etat français aurait dû s'occuper de ses affaires domestiques. En premier ces tensions sociétales qui portent les germes de l'implosion du pays. Mais Macron a décampé, fuyant l'âpreté du terrain français pour aller cueillir des lauriers à l'international – ce n'est pas gagné ! -, des sentiers qui lui semblent plus confortables que la route prise par Marine Le Pen, Jordan Bardella, Zemmour, Retailleau et compagnie. Mais les problèmes soulevés par Hafiz ne disparaîtront pas comme par enchantement, ils attendent Macron de pied ferme. Il y a le magma politique, social et économique, il y a également cette bombe à retardement sur le vivre-ensemble que le président de la République a planquée sous le tapis, exactement comme l'incendie avec l'Algérie. Sa fin de mandat sera atroce, pour lui comme pour la France, et les dorures de l'international n'y changeront rien. Et je n'ose même pas imaginer ce qui se passera quand l'extrême droite raflera la mise à la prochaine élection.
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