À Strasbourg, une campagne municipale dédiée à la Journée internationale des personnes âgées a déclenché une polémique inattendue. L'affiche, qui présentait huit seniors de la ville, a mis en lumière Nacera, 66 ans, souriante et portant un hijab jaune. Alors que les autres portraits sont passés inaperçus, le sien a déclenché une tempête médiatique et politique, questionnant une fois de plus la place du voile dans l'espace public français. La polémique a d'abord été alimentée sur les réseaux sociaux par l'extrême droite. La militante Alice Cordier, du collectif Némésis, a dénoncé le voile comme un « symbole d'oppression », rapidement suivie par Emmanuelle Brisson, ancienne candidate LR, qui a accusé la mairie de tourner le dos à la laïcité. Ces prises de position ont été largement relayées, notamment par des médias du groupe Bolloré comme CNews et Le Journal du Dimanche, amplifiant le débat. Des collectifs féministes et laïques, tels que Les CitadElles, ont également pris la parole pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme une « banalisation du port du voile ». D'autres voix, plus locales, se sont fait entendre, comme celle de l'élue socialiste Pernelle Richardot, qui a parlé de « prosélytisme » et d'« un calcul électoral cynique ». Face à ces accusations, la municipalité écologiste a défendu sa campagne. L'adjointe Floriane Varieras a rappelé que l'objectif était de valoriser les Strasbourgeois ayant participé à des séminaires, dans le cadre d'une démarche pour obtenir le label « Ville amie des aînés ». Pour sa collègue Nadia Zourgui, l'attaque est injuste : elle a rappelé le rôle essentiel des femmes immigrées venues dans les années 1960, qui ont contribué à la société française en travaillant dans les foyers, les hôpitaux ou les maisons de retraite. « Elles ont gardé nos enfants, elles ont fait notre ménage, elles nous ont soignés. Personne ne se plaignait alors de leur foulard », a-t-elle martelé. Derrière cette polémique, se dessine une question plus large : celle de la liberté individuelle. En France, le voile reste au centre d'un débat passionnel qui oppose visions différentes de la laïcité. Mais pour beaucoup, dont la mairie de Strasbourg, il s'agit avant tout du droit pour chaque citoyenne de choisir son apparence et son identité, sans être stigmatisée ni réduite à un symbole. L'affaire Nacera met en lumière une réalité : la liberté de conscience et de religion, garanties par la République, ne devraient pas se limiter à des slogans, mais se traduire concrètement dans la reconnaissance et le respect des parcours de vie de toutes et tous. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!