Plusieurs médias ont relayé l'information selon laquelle la Première ministre italienne Giorgia Meloni aurait été « déférée » devant la Cour pénale internationale (CPI) pour complicité dans les crimes de guerre commis à Gaza. Mais derrière ces titres sensationnalistes, la réalité juridique est bien différente. Voici ce qu'il faut réellement comprendre. Contrairement à ce qui a circulé sur certains sites d'information, il ne s'agit pas d'une mise en accusation officielle de Giorgia Meloni ni d'une procédure ouverte par la Cour pénale internationale. Ce qui a été déposé est une plainte juridique – appelée « aríza légale » – adressée au procureur de la CPI. Elle a été soumise par un groupe d'avocats et de juristes italiens réunis sous la bannière de l'organisation « Giuristi e Avvocati per la Palestina » (Juristes et avocats pour la Palestine), avec la participation de plusieurs militants internationaux. Cette démarche vise à demander au procureur d'examiner la responsabilité potentielle de certains hauts responsables italiens dans la guerre menée par Israël contre Gaza. Quatre responsables italiens cités dans la plainte La plainte déposée à La Haye mentionne quatre figures clés du gouvernement et de l'appareil d'Etat italien : 1. Giorgia Meloni – Première ministre d'Italie 2. Antonio Tajani – Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères 3. Guido Crosetto – Ministre de la Défense 4. Roberto Cingolani – Ancien ministre de l'Environnement et actuel directeur général du groupe d'armement Leonardo Ces responsables sont accusés de complicité dans des crimes de guerre et de génocide, notamment par le maintien des exportations d'armes et de matériel militaire vers Israël, en violation présumée du droit international humanitaire. Une accusation de "complicité dans le génocide à Gaza" Selon les signataires, les autorités italiennes ont permis la poursuite d'exportations d'équipements militaires utilisés par l'armée israélienne dans ses opérations à Gaza, malgré les alertes répétées des Nations unies et d'organisations humanitaires sur les violations graves des droits humains. Le texte souligne le rôle du groupe Leonardo, un des géants de l'industrie de défense italienne, dans la fabrication et la vente de technologies employées dans les frappes contre le territoire palestinien. La précision juridique : pourquoi il ne s'agit pas d'une "mise en accusation" En droit international, les individus ou les ONG ne peuvent pas "déférer" des dirigeants à la Cour pénale internationale. Ils peuvent seulement soumettre des informations, des plaintes ou des preuves au procureur, qui dispose ensuite du pouvoir discrétionnaire d'ouvrir (ou non) une enquête officielle. Le terme "mise en accusation", souvent repris dans les titres, est donc juridiquement inexact. La CPI n'a, pour l'instant, ouvert aucune enquête ciblant Giorgia Meloni ou d'autres responsables italiens. Une démarche symbolique mais lourde de sens Cette plainte, même si elle n'entraîne pas d'action judiciaire immédiate, constitue un geste politique et moral fort. Elle s'inscrit dans un mouvement international de juristes et de défenseurs des droits humains cherchant à mettre fin à l'impunité autour des crimes commis à Gaza, où plus de 67 000 Palestiniens ont été tués depuis le début de l'offensive israélienne, selon les autorités locales. Les signataires affirment vouloir rappeler la responsabilité légale et morale des Etats qui, par leurs ventes d'armes, participent indirectement à la perpétuation du conflit et des massacres. Cette affaire pourrait alimenter le débat public en Italie et mettre en lumière la responsabilité des Etats européens dans le prolongement de la guerre à Gaza. Cette initiative rappelle que le droit international reste l'un des rares instruments de contestation pacifique dans un conflit où les équilibres géopolitiques priment souvent sur les principes de justice universelle. Même symbolique, la démarche marque un tournant moral : elle affirme que l'impunité n'est pas éternelle et que les Etats réellement complices peuvent, tôt ou tard, être appelés à rendre des comptes. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!