L'Allemagne, longtemps vitrine mondiale de l'automobile, traverse l'une des crises les plus profondes de son histoire industrielle. Le chancelier Friedrich Merz réunit ce jeudi 9 octobre à Berlin les principaux acteurs du secteur — constructeurs, fournisseurs, syndicats et représentants régionaux — dans l'espoir de trouver des solutions pour enrayer une hémorragie sociale et économique : plus de 50.000 emplois ont été détruits en un an dans un secteur qui emploie encore environ 800.000 personnes, selon le cabinet EY. Une industrie sous pression La production automobile allemande a chuté de 18,5 % le mois dernier, entraînant une baisse globale de l'activité industrielle et ravivant le spectre d'une nouvelle récession. Les causes sont multiples : hausse du coût de l'énergie depuis la guerre en Ukraine, ralentissement de la demande mondiale, et nouveaux droits de douane américains de 15 % sur les véhicules européens. Mais la menace la plus sérieuse vient de la concurrence chinoise, dont les modèles électriques dominent les segments intermédiaires et populaires grâce à des coûts de production inférieurs et une avance technologique considérable. Face à cette déferlante, les géants allemands – Volkswagen, Audi, BMW, Mercedes-Benz – peinent à réagir, tandis que les grands équipementiers comme Bosch et ZF multiplient les restructurations. Le débat explosif sur les moteurs thermiques Au cœur du sommet convoqué par Friedrich Merz : la levée de l'interdiction européenne de commercialiser des voitures à moteur thermique après 2035. Cette mesure, adoptée dans le cadre du Pacte vert européen, visait à accélérer la transition vers la mobilité zéro émission. Mais pour le chancelier allemand, la date butoir est désormais "erronée" et doit être repoussée afin de préserver la compétitivité du secteur. Une position qui provoque des tensions au sein de sa coalition, notamment avec les sociaux-démocrates du SPD et les Verts, farouchement attachés à la neutralité carbone. Selon la presse allemande, un compromis pourrait être présenté à Bruxelles : maintenir la trajectoire de 2035 tout en autorisant certains modèles hybrides ou thermiques à "prolongateur d'autonomie", dans le but d'éviter une rupture industrielle brutale. Le PDG de Bosch, Stefan Hartung, a plaidé mercredi pour cet assouplissement, arguant qu'il permettrait de "sauvegarder des milliers d'emplois en Europe". Les défenseurs de l'environnement dénoncent, de leur côté, des "solutions factices". L'ONG Transport & Environment (T&E) a exhorté le gouvernement à "respecter les objectifs européens de réduction du CO2" et à cesser de céder à la pression des lobbies industriels. Pour Lars Klingbeil, ministre des Finances et figure du SPD, l'avenir passe par des incitations fiscales prolongées pour favoriser le passage à l'électrique. Les Verts, eux, estiment qu'un report du calendrier européen "creuserait le retard de l'Allemagne face à la Chine", déjà en position dominante sur le marché mondial de la mobilité propre. Les observateurs restent cependant prudents quant aux résultats de cette réunion. "Les participants discuteront beaucoup, mais décideront de peu, car les grandes décisions se prennent à Bruxelles", note Frank Schwope, expert du secteur à l'université FHM de Cologne. Même constat pour Ferdinand Dudenhöffer, directeur du Centre de recherche automobile (CAR) de Bochum, qui appelle à un plan d'action national ciblant la réduction des coûts de production et le renforcement de la compétitivité plutôt qu'à des "sommets symboliques". Une étude récente du CAR souligne d'ailleurs que l'écart de prix entre voitures électriques et thermiques n'a jamais été aussi faible, rendant selon lui injustifié tout recul sur l'interdiction prévue en 2035. Une industrie à un tournant Entre crainte de déclassement, pression sociale et transition écologique incomplète, le secteur automobile allemand joue son avenir. Pour Friedrich Merz, ce sommet pourrait bien être la dernière occasion d'éviter un crash industriel dont les répercussions dépasseraient largement les frontières de l'Allemagne. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!