Dans une déclaration accordée à Tunisie Numérique ce mardi 14 octobre 2025, le diplomate tunisien Abdallah Abidi est revenu sur l'accord de paix signé hier à Charm el-Cheikh entre les Etats-Unis, l'Egypte, le Qatar et la Turquie. Selon lui, la libération des otages israéliens constitue le cœur de cette initiative, mais ses retombées demeurent hautement incertaines. Une priorité : la libération des otages israéliens Abidi a souligné que « la question des otages représente un obstacle majeur pour Netanyahu, allié des Etats-Unis ». Cependant, il a averti que « ni le Hamas ni le peuple palestinien n'accepteront une tutelle égyptienne ou qatarie », rappelant que « Donald Trump avait déjà tenté d'imposer une forme de tutelle sur le Hamas et sur la Palestine ». Selon lui, « le mouvement Hamas a su faire preuve d'intelligence politique en rassemblant la résistance palestinienne sous une même voix ». Le désarmement du Hamas : un objectif irréaliste Interrogé sur la question du désarmement de la résistance, Abidi a affirmé que ce scénario reste hautement improbable. « Ce n'est pas une tâche simple, surtout après les déclarations du ministre israélien de la Défense évoquant la destruction des tunnels, une option que ni la résistance ni les Palestiniens ne pourront accepter », a-t-il expliqué. Il a ajouté que les prochains jours révéleront la manière dont les Etats-Unis chercheront à appliquer les clauses de l'accord. Abidi a également rappelé que le début des négociations à Charm el-Cheikh reposait sur la reconnaissance d'un Etat palestinien, une revendication soutenue par plusieurs pays arabes. Cependant, « après les bombardements contre le Qatar et les pertes humaines massives à Gaza, la résistance ne saurait accepter aujourd'hui de déposer les armes », a-t-il insisté. L'ancien diplomate a révélé que cette conférence a mis en lumière des chevauchements d'intérêts entre les pays participants et la cause palestinienne : « Chaque Etat — Turquie, Egypte, voire la France — est venu avec ses propres dossiers et objectifs », a-t-il noté. Un tournant géopolitique mondial Abdallah Abidi a souligné que deux années de guerre israélienne contre la Palestine ont profondément bouleversé les équilibres régionaux et internationaux : « L'opinion publique mondiale s'est réveillée avant même l'opinion arabe, et désormais les gouvernements arabes ne pourront plus contenir la colère de leurs peuples », a-t-il affirmé. Selon lui, « la question palestinienne a pris une dimension inédite et échappe désormais au contrôle de Trump ou de toute autre puissance mondiale ». Une paix encore lointaine : la guerre, un business pour l'Occident Quant à la perspective d'une nouvelle ère de paix au Proche-Orient, Abidi s'est montré sceptique : « Pour l'Occident, la guerre reste une source de profits, y compris à travers la reconstruction », a-t-il expliqué. Il a ajouté que certaines puissances, dont la France, cherchent à se positionner pour bénéficier financièrement de contrats liés à la reconstruction, financés notamment par le Qatar, les Emirats arabes unis, le Koweït et l'Arabie saoudite. Un avenir politique incertain pour Netanyahu Enfin, Abidi a évoqué l'avenir politique fragile de Benyamin Netanyahu, aujourd'hui « isolé au sein même du régime israélien et rejeté par une partie de la diaspora juive ». Il estime que les prochains mois seront déterminants pour la position d'Israël sur les plans économique, sécuritaire et diplomatique, face à une opinion internationale de plus en plus critique. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!