Mardi 23 septembre 2025, l'ancien diplomate tunisien Abdallah Abidi a livré, dans une déclaration à Tunisienumerique, une analyse de la situation au Proche-Orient. Selon lui, le président syrien actuel, Ahmad Charâa, ne serait qu'« une marionnette sans cause », installée pour exécuter un programme commun entre les Etats-Unis et Israël. Abidi a rappelé le parcours de Charâa, présenté jadis comme un combattant islamiste radical, aujourd'hui propulsé à la tête de la Syrie. « Il est passé du statut de jihadiste à celui de président, rencontrant désormais les représentants américains pour protéger le poste qui lui a été confié et servir les intérêts de ces puissances », a-t-il souligné, dénonçant un renversement d'alliances au service de logiques extérieures. L'expansion israélienne en Syrie L'ancien diplomate a insisté sur la stratégie d'expansion israélienne dans les territoires syriens. Depuis l'époque de Bachar al-Assad, Israël contrôle le plateau du Golan, peuplé de Druzes, et continue d'y renforcer son emprise. Abdallah Abidi évoque également la présence israélienne autour du lac de Tibériade, utilisé comme ressource hydrique, et les avancées récentes vers la province de Quneitra. « Il ne s'agit pas de quelques kilomètres carrés, mais d'un déploiement visant à garantir la sécurité d'Israël et sa liberté de manœuvre militaire, notamment aérienne », explique-t-il. Selon lui, Tel-Aviv poursuit le même objectif que la Turquie : tirer parti du morcellement syrien pour s'approprier des zones stratégiques. Un projet régional ambitieux et dangereux Pour Abdallah Abidi, cette politique s'inscrit dans une vision encore plus large : « Israël cherche à s'emparer de la Cisjordanie et Netanyahu l'a dit clairement : il n'y a pas de place pour un Etat palestinien aux côtés d'Israël. » Dans cette logique, l'affaiblissement de la Syrie offrirait au gouvernement israélien l'occasion d'étendre son territoire autant que possible. Il rappelle aussi les inquiétudes exprimées par Israël face aux manœuvres du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi avec la Turquie dans certaines zones du Sinaï, faisant écho aux ambitions israéliennes de la guerre froide, lorsque le pays envisageait de s'y étendre avant que l'effondrement du bloc soviétique ne change la donne. Une période d'incertitude Abdallah Abidi qualifie la conjoncture actuelle de « période de gestation » où nul ne peut prédire l'avenir. La France, souligne-t-il, s'est progressivement retirée de ses anciennes colonies africaines et connaît de fortes tensions avec l'Algérie, tandis que la Grande-Bretagne affiche un positionnement ambigu sur la question palestinienne. Cette recomposition affaiblit, selon lui, le poids des puissances occidentales dans la région. Le silence arabe pointé du doigt Le diplomate a par ailleurs critiqué le « silence assourdissant » du monde arabe, notamment celui de la Ligue arabe, qui semble retourner vers la doctrine pragmatique de Habib Bourguiba. Plus sévère encore, il dénonce un « silence arabe complice », incarné par l'inaction de la Ligue arabe, réduite selon lui à une façade politique. À ses yeux, le récent sommet de Doha n'a été qu'une opération destinée à « masquer la réalité aux yeux de l'opinion publique ». Il avance même l'hypothèse d'un accord tacite autour du bombardement du Qatar, présenté comme une tentative d'éliminer des cadres du Hamas assimilés à une extension de l'influence iranienne. Une opération qui, souligne-t-il, a échoué, au point que Donald Trump lui-même aurait reproché à Netanyahu d'avoir « pris un risque sans obtenir de résultats ». Charâa, un président « sans cause » Dans ce contexte, Ahmad Charâa apparaît pour Abdallah Abidi comme un dirigeant isolé, sans projet national. « Il est arrivé en se présentant comme un rempart face à Daech et aux extrémistes religieux, mais il s'est rapidement aligné sur les Américains pour protéger son poste », affirme-t-il. À l'image de nombreux dirigeants arabes, poursuit Abdallah Abidi, Ahmad Charâa ne cherche qu'à conserver son pouvoir avec l'appui des grandes puissances. « Trump l'avait dit : tant que vous servez nos intérêts, nous vous soutenons. Mais le jour où vous faiblissez, vous disparaissez. » Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!