C'est bien connu, quand ça va mal on ressort les vieux poncifs et on les agite comme des chiffons rouges, des épouvantails pour s'en servir comme exutoire et détourner l'opinion publique de l'essentiel. Comme si la France n'avait pas d'autre urgence que l'Algérie et l'Accord de 1968, comme si la crise politique et économique inédite dans laquelle se débat l'Hexagone ne suffisait pas à occuper les journées des parlementaires. Il a fallu qu'ils les « agrémentent » avec un rapport plus que tendancieux sur les liens entre Paris et Alger… Lefèvre et Rodwell en bonne compagnie : Zemmour, Sarah Knafo… « L'oeuvre » est signée par deux députés du camp présidentiel, Mathieu Lefèvre et Charles Rodwell. Le premier – Lefèvre – a été nommé dimanche dernier ministre délégué à la Transition écologique dans le gouvernement de Sébastien Lecornu. L'équipe vient de surmonter dans la douleur 2 motions de censure et les paris sur sa survie sont ouverts. Avec tout le travail qui l'attend on verra si le pourfendeur de l'Algérie persistera… En attendant le rapport du ministre, mis sur la place publique hier mercredi 15 octobre, agite les médias français surtout ceux d'obédience droite et extrême-droite. On a retenu 2 choses dans le dit travail parlementaire – ses auteurs se sont donné beaucoup de mal pour l'imprimer dans la tête des Français : le coût prétendument astronomique de l'Accord de 1968 pour les contribuables et un appel insistant à son annulation. Dans le document les deux élus déclarent que l'Accord de 1968 coûte annuellement à la France 2 milliards d'euros. Bon, ils admettent que «l'estimation de ces surcoûts pour les finances publiques est imprécise» du fait de «l'absence voire de la rétention de données». Mais ils savent pertinemment que leurs concitoyens ne retiendront que le chiffre de 2 milliards d'euros… Les chiffres, même faux, frappent toujours les esprits en cas de crise ; l'exemple de la supposée aide de développement de 842 millions d'euros que Paris aurait versée à Alger, un mensonge éhonté propagé perfidement par Sarah Knafo, la compagne d'Eric Zemmour, la météorite de l'extrême droite qui a tout raté. L'Accord franco-algérien de 1968 «crée une rupture d'égalité qui fragilise notre ordre juridique et entraîne un surcoût important pour nos finances publiques», soutiennent les rédacteurs. En conséquence ils militent pour sa dénonciation, au motif que les ressortissants algériens et les Franco-Algériens seraient un boulet financier pour la France. Evidemment ils mettent sous le tapis les bénéfices qu'en tire Paris et qui ont été exposés par des spécialistes, des vrais pour le coup. Comme on pouvait s'y attendre le travail de Lefèvre et Rodwell – si on peut l'appeler ainsi – a fortement déplu à gauche. La très combative députée écologiste Sabrina Sebaihi, d'origine algérienne, a fustigé un «rapport raciste» qui stigmatise les ressortissants algériens et les Français d'origine algérienne… «Concernant les retraités algériens que vous présentez comme un surcoût, est ce que vous proposez de ne plus verser de pensions malgré le fait qu'ils aient cotisé et fait le choix de vivre en France ?», a questionné l'élue lors de la présentation du rapport par Rodwell en commission parlementaire. «Concernant les immigrés et le logement social, il est écrit dans le rapport qu'il est possible d'estimer à 1,55 milliard d'euros le coût du logement social qui bénéficie aux immigrés et descendants d'immigrés algériens, donc nous parlons de Français. Vous comptabilisez le coût du logement social y compris pour des Français, c'est bien cela qui est écrit dans votre rapport», a souligné la députée Europe Ecologie les Verts (EELV). L'élue écologiste se désole du fait que ce rapport ait enjambé «l'apport des Algériens que ce soit dans la reconstruction quand vous aviez besoin d'ouvriers, que ce soit les 15.000 médecins qui font tenir l'hôpital public en France (…) Tout cela n'est abordé dans votre rapport que vous présentez de manière négative et péjorative». Pour l'élu de La France Insoumise (LFI) David Guiraud, un défenseur des grandes causes, le rapport sur le coût de l'Accord de 1968 pour la France nuit aux «relations avec les Algériens, sur la base de chiffres approximatifs voire franchement faux, et dont la finalité sera d'alimenter la détestation des Algériens dans les médias»… Le mélenchoniste reproche aux rédacteurs d'avancer un chiffre de 2 milliards qui «n'est pas étayé» – de l'aveu même des deux auteurs – pour «alimenter les bandeaux des médias d'extrême-droite». Macron ne l'emportera pas au paradis Si les conclusions de ce rapport devaient être soumises au vote à l'Assemblée nationale l'issue fait très peu de doutes, vu les ignominies débitées sur l'Algérie par Marine Le Pen, la cheffe de file du premier parti au Parlement. Le patron de la droite, Bruno Retailleau, n'en pense pas moins et l'a assumé publiquement. L'ex-ministre de l'Intérieur l'a d'ailleurs illustré avec la traque sans relâche de l'Algérie et des Algériens, une obsession qui ne lui a pas porté chance. La Macronie n'est pas plus amène avec Alger, l'ex-Premier ministre Edouard Philippe a été l'un des tout premiers à proposer l'annulation de l'Accord de 1968. Il l'a fait en se disant que c'était vendeur pour sa stature de candidat attitré à la présidentielle ; sauf que dans la dernière enquête il ne fait pas mieux que 4e, derrière 3 candidats d'extrême droite (Mme Le Pen, Jordan Bardella et Marion Maréchal)… Comme quoi feu Jean-Marie Le Pen avait raison : « les électeurs préféreront toujours l'original à la copie« . Et Vlan! pour Retailleau et Philippe. Pour le reste il y a la responsabilité du président Emmanuel Macron devant l'Histoire. Le pire président de la 5e République portera le dossier algérien comme sa croix, parmi les autres, lui qui a déserté le terrain en dépit des appels de son homologue Abdelmadjid Tebboune, laissant son ministre de l'Intérieur déchiqueter méthodiquement des décennies d'entente cordiale.
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