The liveblog has ended. No liveblog updates yet. Au moment où Tunis est couverte d'affiches RT, une question s'impose : que cherche exactement Russia Today (RT) en Tunisie, pays non soumis aux sanctions européennes qui interdisent sa diffusion sur le Vieux Continent depuis mars 2022 ? RT, un média d'Etat... interdit dans l'UE RT est un réseau international financé par la Fédération de Russie via l'organisation ANO TV-Novosti. Son mandat officiel : « offrir une perspective russe » au public international. Plusieurs autorités occidentales estiment toutefois que RT relève de l'appareil d'influence de l'Etat russe, ce qui a conduit l'Union européenne à suspendre sa diffusion (ainsi que celle de Sputnik) en 2022, par un règlement et une décision du Conseil adoptés après l'invasion de l'Ukraine. Au Royaume-Uni, le régulateur Ofcom a révoqué la licence de RT au motif qu'un diffuseur doit être « apte et propre » et capable d'une couverture conforme aux règles d'impartialité. Un recentrage hors d'Europe... et vers l'Afrique Depuis ces interdictions, RT pousse fortement son écosystème en ligne (RT Arabic, RT en français, réseaux sociaux) et hors UE, notamment en Afrique. Des travaux sur la guerre informationnelle en Afrique de l'Ouest relèvent la montée d'acteurs russes (médias d'Etat, influenceurs, boîtes de prod) qui ciblent des audiences locales avec des messages anti-occidentaux et pro-russes. RT y figure comme vecteur médiatique de cette stratégie plus large. Cette poussée se voit aussi sur les plateformes : Meta a tour à tour restreint, puis parfois mal appliqué ses propres restrictions à des pages RT/Sputnik (avant de les retirer), illustrant l'agilité de ces marques média pour contourner les régimes de modération et reconquérir des audiences. Pourquoi la Tunisie ? Trois raisons principales rendent le marché tunisien attractif pour RT : 1. Point d'appui régional francophone & arabophone La Tunisie offre une double passerelle linguistique (FR/AR) vers le Maghreb et l'Afrique francophone. Pour un média banni de l'UE, s'imposer dans un pays voisin, fortement connecté aux débats européens, maximise l'effet de résonance sans enfreindre les sanctions européennes (qui ne s'appliquent pas en Tunisie). 2. Acquisition d'audience et normalisation de la marque Une campagne d'affichage de masse crée de la notoriété, banalise le logo RT et redirige vers ses canaux numériques (site, YouTube, X, Telegram). C'est un levier de reconquête d'audiences perdues en TV linéaire dans l'UE, remplacées par des flux digitaux transfrontières. Des enquêtes récentes montrent que les géants du web peinent à appliquer strictement les sanctions – un contexte propice pour revivifier l'audience via social et mobile. 3. Placement dans la compétition des récits Les dossiers européens et américains décrivent RT comme outil de propagande/désinformation récurrent (interférences, campagnes polarisantes, opérations sous faux-nez). Renforcer la présence en Tunisie peut servir à installer des narratifs (géopolitiques, énergétiques, sociétaux) susceptibles d'essaimer ensuite dans les médias sociaux maghrébins et diaspora. Quelles pratiques sont reprochées à RT ? Les griefs documentés vont de la propagande pro-Kremlin à la désinformation systémique (guerre en Ukraine, sanctions, crises intérieures de pays tiers), en passant par la monétisation et la republication de contenus sur des réseaux où l'empreinte éditoriale est parfois masquée. Ces éléments ont motivé l'UE et Ofcom à sévir. Quels enjeux pour la Tunisie ? * Pluralisme vs. vulnérabilité informationnelle : autoriser un média d'Etat étranger à investir massivement l'espace publicitaire pose la question de la résilience face aux opérations d'influence. * Education aux médias : renforcer la vérification des faits, les partenariats de debunking et l'éducation critique (lycées, universités, formations journalistes). * Transparence publicitaire : exiger la clarté sur les acheteurs d'espaces, les placements sponsorisés et la traçabilité des campagnes, afin de prévenir toute opacité sur les financements et objectifs. * Régulation proportionnée : la HAICA et les acteurs du numérique peuvent publier des lignes directrices (label d'origine éditoriale, mentions visibles « média d'Etat », procédures d'alerte en cas de manipulations coordonnées). Ce qu'il faut surveiller concrètement * Convergence contenus-réseaux : si l'affichage renvoie vers des hubs sociaux (FR/AR), monitorer la croissance d'abonnés en Tunisie et au Maghreb, l'usage de formats "rage bait" ou polarisants, et le reciblage publicitaire. (Meta a déjà dû ajuster sa politique sur des pages liées à RT/Sputnik.) * Thématiques testées : énergie, Ukraine, Sahel, « déclin occidental », critiques de l'UE/OTAN. (Plusieurs rapports relient RT à la boîte à outils de l'influence russe en Afrique.) * Tentatives d'implantation éditoriale : collaborations locales, studios temporaires, événements « culturels » à visée d'influence — des méthodes classiques des médias d'Etat russes à l'étranger. À retenir : la campagne d'affichage de RT à Tunis s'inscrit dans une stratégie de contournement des marchés où la chaîne a été interdite, avec un double objectif : reconstruire une audience et peser sur les récits régionaux. La réponse tunisienne peut concilier liberté d'expression et hygiène informationnelle : transparence des financements, labels de provenance, éducation aux médias et coordination avec les plateformes. Abonnez-vous à la newsletter quotidienne Tunisie Numérique : actus, analyses, économie, tech, société, infos pratiques. Gratuite, claire, sans spam. Chaque matin Veuillez laisser ce champ vide Vous vous êtes bien abonné.e à notre newsletter ! Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!