Cimenterie Lafarge à Jalabiya en Syrie, près de la frontière turque Ce jeudi le 2 mars 2017, LafargeHolcin, leader franco-suisse de ciment et de matériaux de constructions a confirmé ses relations avec l'EI en admettant avoir conclu à « des arrangements inacceptables ». En effet, l'affaire a d'abord été déclenchée par le journal le Monde dans un article paru le 21 juin 2016 sous forme d'enquête exhaustive. Ce dernier accuse LafargeHolcim d'avoir financé indirectement l'organisation terroriste de l'EI en Syrie. En effet, l'affaire remonte à 2013-2014, quand la cimenterie de Jalabiya, inaugurée en 2010, a commencé à rencontrer de sérieux problèmes pour transporter ses productions et se ravitailler en pétrole. Pour ne pas être contrainte d'abandonner la production, le groupe français Lafarge (avant de fusionner avec le géant suisse Holcim et devenir LafargeHolcim) a accepté de payer des « taxes » aux djihadistes de l'EI afin d'avoir la paix et garantir son business. Les négociations ont même permis à la filiale d'obtenir des droits de passage aux checkpoints tenus par Daech et de se fournir matières premières et en pétrole dont les champs étaient sous le contrôle de l'Etat Islamique. Par ailleurs, le directeur du site de l'époque Bruno Pescheux aurait entretenu le dialogue avec un dénommé Ahmad Jamal, qui serait le négociateur de Daech. Ainsi, la société finançait indirectement les activités terroristes d'ISIS notamment grâce aux sommes qu'elle versait sous forme de taxes. Néanmoins, le 19 septembre 2014, la FargeHolcin met fin à ses activités en Syrie, malgré deux tentatives d'un intermédiaire de Daech de dissuader le géant du ciment et le convaincre de rester. Dans un communiqué, LafargeHolcin a avoué avoir «remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions», Elle ajoute que sa propre enquête «n'a pas pu établir avec certitude quels étaient les destinataires ultimes des fonds au-delà des tierces parties concernées». Comme pour justifier ses décisions, le groupe évoque «la détérioration de la situation politique en Syrie (qui) a entraîné des défis très difficiles quant à la sécurité, les activités de l'usine et les employés» puis continue en admettant «cela incluait des menaces pour la sécurité des collaborateurs ainsi que des perturbations dans les approvisionnements nécessaires pour faire fonctionner l'usine et distribuer ses produits. Rétrospectivement, les mesures prises pour poursuivre les activités de l'usine étaient inacceptables». La cimenterie est actuellement sous le contrôle de la milice Kurde des YPG, soutenue par la coalition internationale contre l'EI. Les forces occidentales (américaines, britanniques et française) l'utilisent comme base. Notons enfin que suite à ces aveux, le ministère de l'Economie Français en plus de plusieurs ONG ont porté plainte contre Lafarge l'accusant d'avoir financé le terrorisme et enfreint les sanctions de UE contre le Régime d'Al-Assad.