On l'appelle « Hakem » pour vous dire le niveau de superposition lexicale entre l'Etat et la police chez les citoyens. Déjà que le contact ne peut s'établir avec eux généralement que dans un contexte conflictuel, la police a toujours été associée dans l'imaginaire collectif à l'Etat policier de Ben Ali, au coups de matraques dans les stades, aux insultes, aux Pv sur la route, à ce bâtiment aux allures soviétiques en plein cœur de Tunis... encore plus chez une génération sans limite, qui a fait une révolution sur un fond de ACAB, anti forces de l'ordre, deux mots qui symbolisent, tous ce que la jeunesse déteste. Bref, la faille sismique ne fait que s'engouffrer entre les jeunes et la police pour s'étendre jusqu'à atteindre la dualité́ Etat-Citoyen.
D'après le dialogue national de la jeunesse fait en 2016, 62% des jeunes n'ont pas confiance en l'Etat. C'est le chiffre le plus alarmant... si on sait que les moins des 35 ans représentent 57% de la population, l'inquiétude ne peut que s'accroitre. Le conflit jeunesse-hakem est beaucoup plus profond qu'on ne le pense, ce n'est que la partie visible d'un Iceberg qui s'appelle zéro Confiance entre l'Etat et le citoyen, et qui risque de faire couler le Navire du Pays.
Je crois qu'il est d'une urgence vitale aujourd'hui de changer de cap dans la gestion du moral collectif, et de remettre la confiance entre l'Etat et le citoyen, et ce n'est pas avec des paroles, mais avec des lois, « des lois fermes et justes ». Le fondement de la relation entre l'Etat et le citoyen est la présomption de culpabilité́, c'est-à-dire que le citoyen est fautif jusqu'à preuve du contraire, la légalisation de signatures est l'un des exemples les plus frappants, alors que dans d'autres des pays les citoyens déclarent leurs impôts sur l'honneur nous devons prouver à l'Etat que nous, c'est nous.
Dans cette optique, cette loi continue dans le sens de l'élargissement de la faille de confiance, et de la défragmentation de l'Etat. Si l'Etat qui détient l'utilisation de la Force demande à être protégé des citoyens qui protège les citoyens ? Et si les lois deviennent sectorielles qui garantit l'unité de l'Etat ? La loi ne vient pas seulement à l'encontre du devenir de l'Etat mais aussi de son histoire, car nous avons aujourd'hui toute une génération qui a passé́ son adolescence, donc la partie la plus turbulente d'une vie, dans un contexte général plus qu'instable : révolution, terrorisme, crise économique, crise sociale, crise politique... Une jeunesse livrée à elle-même face à notre agressivité́ collective, c'est tout simplement un cocktail explosif.
Le respect de la loi passe par le respect des citoyens #هيبة الدولة من هيبة مواطنيها
*Abdelkoddous Saadaoui ancien secrétaire d'Etat à la Jeunesse .