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Justice, administration, entreprises, médias : Kaïs Saïed est en train de tout casser !
Publié dans Business News le 13 - 01 - 2022

L'effondrement de l'Etat, risque numéro 1 pour la Tunisie. C'est ce qu'a annoncé le rapport du Forum économique mondial mardi 11 janvier 2022, confirmant ainsi ce que répètent plusieurs experts, politiciens et médias tunisiens depuis plusieurs semaines.
Y a-t-il exagération ? Kaïs Saïed est-il le sauveur et le réformateur, comme il se présente lui-même, ou bien le fossoyeur qui vient achever une Tunisie épuisée par onze années de mauvaise gouvernance et d'endettement ?
Pour les économistes et les politiciens de la planète, ce que dit le Forum économique mondial est généralement considéré comme vérité absolue. Au vu du crédit dont bénéficie l'organisateur du Forum de Davos, il n'y a aucune raison de mettre en doute son dernier rapport et de le qualifier d'Ommek Sannefa, comme a ironisé le président de la République à propos des notations de Fitch Ratings et de Moody's.
A Business News, cela fait des mois que nous tirons la sonnette d'alarme et que nous sommes sous le feu des attaques et des menaces des aficionados de Kaïs Saïed qui voient en lui un messie.
Kaïs Saïed n'a rien d'un messie et l'Etat tunisien est en train de s'effondrer petit à petit. Le président de la République est en train de tout casser et pas uniquement les composantes de l'Etat. Regardons ce qu'il fait secteur par secteur.

Justice
Le principe même de la justice n'existe plus depuis le 25 juillet, date du coup d'Etat institutionnel effectué par Kaïs Saïed et jour où il a annoncé prendre la présidence du parquet général.
Ainsi, au lendemain de son coup d'Etat, le président de la République a décidé d'assigner à résidence et d'interdire de voyage un nombre de personnalités politiques, sans donner une quelconque explication. Après quelques semaines, il s'est rétracté et a levé les assignations et les restrictions, toujours sans explication.
Il ne se passe plus une semaine sans que Kaïs Saïed n'attaque directement les magistrats et le Conseil supérieur de la magistrature. Il les accuse, pêle-mêle, de corruption, de népotisme, de faire trainer les dossiers… Il est allé jusqu'à rendre publiques leurs indemnisations. Il les presse pour qu'ils se saisissent de dossiers en particulier et, à défaut, il prend lui-même les devants. Ainsi le cas des anciens ministres Samir Taïeb et Mehdi Ben Gharbia, jetés en prison, en préventive. Après plusieurs semaines d'instruction, les juges instruisant leurs dossiers ont décidé de leur libération. Le parquet, dépendant hiérarchiquement du ministre de la Justice, a cependant interjeté appel pour les maintenir en détention.
Quand la justice ne réagit pas comme le souhaite le président, la police est là pour accomplir le travail. Ainsi le cas du député et ancien ministre Noureddine Bhiri et de l'ancien cadre du ministère de l'Intérieur, Fethi Beldi, assignés à résidence, ailleurs qu'à leur domicile. La justice est bien saisie du dossier, elle est en train d'instruire l'affaire, mais elle a fait preuve de lenteur, a estimé le ministre de l'Intérieur pour justifier l'arrestation (qualifiée de kidnapping par les défenseurs de Droits de l'Homme) et l'assignation à résidence.
Le président ne semble pas s'arrêter dans ses attaques contre les magistrats et continue, encore, à les accabler de tous les maux du pays, allant jusqu'à renier leur droit d'émettre des opinions et leur statut de pouvoir à part entière.

Administration
L'administration tunisienne vit, depuis le 25 juillet, dans un état de léthargie. Les différents directeurs hésitent à prendre des décisions de crainte d'être sanctionnés, au vu des nombreux limogeages de directeurs et de PDG sans jamais donner d'explication.
Plusieurs institutions sont restées, et restent encore, sans directeur général et gèrent, au meilleur des cas, les affaires courantes.
Pour d'autres, c'est pire avec la nomination de dirigeants sans aucune expérience et sans aucune connaissance des affaires de l'Etat et de l'administration. C'est le cas des délégations et des gouvernorats. A titre d'exemple, qui a bien fait « rigoler » les réseaux sociaux tunisiens, le gouverneur de Ben Arous dont les seuls « faits d'armes » sont ses photos de body building.
L'effet direct de la léthargie de l'administration post 25-Juillet se ressent petit à petit sur l'économie et la bonne marche de tout le pays. Tout fonctionne au ralenti et, parfois, ça s'arrête carrément de fonctionner.
C'est ce qui s'est passé, en novembre et décembre derniers, dans trois ports tunisiens. Pas moins de six navires transportant du blé sont restés en rade pendant des semaines, faute de paiement. Ce retard a failli causer une pénurie dans le pays, mais il a causé inévitablement une inflation, puisque ce sont les Tunisiens, in fine, qui vont payer le prix du retard du déchargement de la cargaison qui se chiffre en millions de dinars.
Autre retard dans le paiement constaté, celui du nouvel avion de Tunisair qui devait venir de Toulouse. On a dû reporter deux fois l'arrivée de l'avion, jusqu'à ce que l'administration tunisienne parvienne à payer Airbus.
Mais le fait le plus spectaculaire de la léthargie de l'administration reste indéniablement le retard pris dans l'élaboration de la Loi de finances 2022. Alors que, depuis l'indépendance, celle-ci est prête depuis le mois d'octobre pour être débattue en public et dans l'assemblée, celle de 2022 n'a été prête que fin décembre. Elle a été élaborée en catimini par le gouvernement, sans concertation aucune avec les professions et les syndicats. Et comme cela était craint, elle était très loin de répondre aux attentes.
Suite au scandale provoqué par son contenu, Kaïs Saïed s'est dérobé de ses responsabilités en déclarant qu'il n'est pas satisfait par cette loi de Finances.

Syndicats
De tous temps, les présidents et les chefs de gouvernement ont fait en sorte d'avoir des relations apaisées avec la mythique UGTT. Le rôle de la centrale syndicale dans la vie publique du pays, depuis l'indépendance et notamment depuis la révolution, fait d'elle un acteur incontournable de la scène politique.
Cette vérité de la Palice est superbement ignorée par Kaïs Saïed qui a multiplié les attaques à l'encontre de l'UGTT et ses dirigeants.
En dépit de son historique et de sa capacité de nuisance, l'UGTT ne cesse de jouer l'accalmie et la politique de la main tendue depuis le 25 juillet. Ses invitations à un dialogue national, ses appels à être associée pour trouver des solutions la crise économique et politique aigüe sont restés lettre morte. Le président s'est même moqué du dialogue national de 2013 qui a valu à l'UGTT un Prix Nobel.
Les relations tendues ne s'arrêtent pas avec la présidence de la République, elles touchent désormais le gouvernement. La Kasbah a ainsi publié une circulaire interdisant à l'administration d'engager des négociations avec les syndicats sans obtenir, au préalable, l'accord de la présidence du gouvernement.
Cette circulaire est une véritable bombe à retardement puisque les directeurs des différentes administrations n'ont plus la latitude, de négocier quoi que ce soit avec leurs syndicats, parfois même pour des problèmes internes qui n'ont rien à voir avec les questions pécuniaires.
Résultat des courses, plusieurs administrations se trouvent dans un blocage total. Certaines n'ont pas de directeur, d'autres ont un directeur incompétent parachuté grâce à sa loyauté envers le président. Les plus chanceuses ont un directeur compétent, mais à qui on a restreint les prérogatives ou qui n'ose plus prendre d'initiative de crainte d'être limogé.
Le mépris du gouvernement a pris une nouvelle envergure le 13 janvier 2022 avec des réquisitions ciblées afin de casser une grève de la Télévision tunisienne, décidée depuis longtemps.
Cette situation tendue avec l'UGTT ne pourrait pas s'éterniser, c'est évident. L'UGTT a la capacité de bloquer le pays en 24 heures, si elle le voulait. C'est ce qu'elle a fait un certain 14 janvier 2011 et c'est ce que plusieurs voix la poussent à faire pour faire comprendre à Kaïs Saïed qu'il ne peut pas continuer à jouer le chef tout puissant.

Chefs d'entreprises
Eux aussi sont dans le viseur de Kaïs Saïed depuis le putsch. Dès le 28 juillet, il annonce posséder une liste de 460 hommes d'affaires corrompus qui auraient dérobé 13500 milliards. Qui détermine qui est corrompu et qui ne l'est pas ? Kaïs Saïed lui-même et non la justice. A ces « corrompus », le président de la République propose une amnistie consistant à ce qu'ils investissent l'argent dérobé dans les régions défavorisées avec des projets d'intérêt général, selon la règle inédite : le plus corrompu investit dans la région la plus défavorisée et le moins corrompu dans la région la moins défavorisée.
Outre les soi-disant corrompus, Kaïs Saïed a également les spéculateurs dans son viseur. A l'entendre, ce sont eux les premiers responsables de la cherté de la vie. Dès les premiers jours suivant le putsch, il fait des descentes inopinées dans des entrepôts de fruits et légumes ou de fer de construction. Les stocks trouvés dans ces entrepôts sont la preuve absolue de la spéculation, selon la logique présidentielle. Il a poussé le ministère du Commerce à faire comme lui et on ne compte plus les PV dressés contre les grossistes qui ont des stocks de produits.
Ces descentes ont provoqué l'inverse de l'effet escompté. Les grossistes et les intermédiaires refusent désormais de constituer des stocks pour réguler l'approvisionnement, comme cela se fait partout dans le monde et on travaille, depuis à flux tendu. Conséquence immédiate : pénurie de plusieurs produits allant des œufs jusqu'au fer. Quant au prix, ils n'ont jamais connu de baisse comme l'a promis le président. Ils continuent de dépendre du marché international et celui-ci s'inscrit à la hausse.
Ceci est la conséquence directe des attaques présidentielles. Les conséquences indirectes sont plus pernicieuses. « Pour investir encore dans ce pays il faut être soit inconscient soit naïf soit les deux », a écrit sur sa page Facebook un grand chef d'entreprise jeudi 13 janvier 2022.
« Aux yeux de Kaïs Saïed, si tu es riche, tu es suspect ! », telle est la devise qui prévaut aujourd'hui avec ce climat de suspicion générale insufflé par le président.
Un climat alimenté par les déclarations du président, mais aussi par les rumeurs, fondées ou pas. La dernière rumeur en date, on la doit au site de Jeune Afrique avec un article non signé annonçant la préparation, par le gouvernement, d'une liste de 20.000 personnes à qui on va confisquer les biens, jusqu'à ce qu'ils prouvent les origines de leurs fortunes. Si cette information s'avère vraie, ce n'est plus à l'accusateur de prouver le bien-fondé de ses charges, c'est à l'accusé de prouver son innocence.
Faute de visibilité politique, vu le climat de suspicion générale dans le pays, vu les mandats de dépôt abusifs émis contre plusieurs d'entre eux, les chefs d'entreprise ont arrêté d'investir. Et quand il n'y a pas d'investissement, il n'y a naturellement pas de croissance et de création de nouveaux postes d'emploi.

Droits de l'Homme et liberté d'expression
A entendre Kaïs Saïed, les droits de l'Homme ne seraient pas bafoués en Tunisie, puisqu'il n'y a eu aucune arrestation pour des idées et que certaines personnes, qui méritent la pendaison d'après lui, sont bien traitées.
La réalité est légèrement différente de ce que prétend le président de la République bien que la Tunisie n'a (encore) rien d'une Corée du Nord ou d'une Syrie.
Aux assignations à résidence et interdiction de voyage abusives et aux emprisonnements d'hommes politiques et d'hommes d'affaires injustifiées, force est de rappeler qu'il y a un blogueur, Slim Jebali, qui est encore en prison, pour avoir posté une publication critique du président. Il a été condamné à six mois ferme par une cour militaire. Force aussi de rappeler la détention, pour plusieurs semaines, du journaliste islamiste Ameur Ayed qui a osé un poème incendiaire sur antenne contre le président.
Et on ne peut que constater l'absence totale de communication entre les médias et la présidence de la République ou entre les médias et la présidence du gouvernement. Une première depuis la révolution. Le président de la République ne communique sur rien et n'a même pas de directeur de la communication au palais de Carthage. Idem pour la Kasbah.
Non seulement le président oppose un mépris total à l'égard de la presse, mais il se permet en plus de les qualifier de menteurs qui ont intérêt à se mettre entre guillemets, comme il l'a dit cette semaine.
Autre droit bafoué des Tunisiens, celui de manifester. Plusieurs manifestations ont été interdites depuis le 25 juillet pour différents prétextes. C'est le cas de la manifestation prévue demain, 14 janvier, jour initial de la fête de la révolution (avant que Kaïs Saïed ne décide de son propre chef de changer la date) interdite par le gouverneur de Tunis. Ce dernier se cache derrière la situation sanitaire pour empêcher les citoyens de manifester leur colère envers le régime de Kaïs Saïed et invite les opposants à l'aider par leur silence.
Quand les manifestations sont autorisées, le régime fait tout pour empêcher les manifestants de venir en nombre et ce par le blocage des routes ou des voies menant à l'avenue Habib Bourguiba ou au Bardo, lieux privilégiés par les Tunisiens pour se regrouper.


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